Tous les médicaments sur le marché sont-ils efficaces ? La médecine échappe-t-elle aux règles du marketing ? Ces questions traitées dans le dossier du numéro d’avril de Books trouvent écho dans le livre de Martin Winckler, La Maladie de Sachs. Extrait lu par Clémentine Jouffroy.
Un jour, ma belle-mère est venue passer quelques jours chez nous. Quand mon mari a vu la quantité de médicaments qu’elle prenait, il a dit qu’elle allait tomber malade avec tout ça- il faut dire qu’elle est toute petite, c’est un poids plume avec un appétit d’oiseau. II avait le sentiment qu’après avoir avalé ses pilules, ses gélules, ses cachets, ses gouttes et son sirop avec son potage, il n’y aurait plus de place pour autre chose. D’ailleurs, elle ne mangeait presque rien. Alors il l’a emmenée te voir et ils sont revenus ravis tous les deux parce que tu as dit à ma belle-mère que ses médicaments seraient plus efficaces si elle les prenait à la fin du repas, et à mon mari qu’il avait bien fait de l’amener pour vérifier que ce traitement lui convenait. Alors moi aussi je t’ai amené ma mère, qui vit à Tourmens. Depuis sa fracture du col du fémur, elle avait – comment dit-on ? un ou une escarre ? – qui n’en finissait pas. La première fois, tu as dit qu’à son âge, ça serait long. Elle a répondu : Ça ne fait rien, du moment que ça guérit. Je te l’ai amenée pendant plusieurs mois. Tu examinais son escarre attentivement, tu la mesurais pour savoir si elle diminuait, tu étais très doux, et tu lui prescrivais très peu de chose, de la vaseline, des pansements, un tout petit peu de pommade, en lui recommandant de poser sa jambe sur un coussin, de masser autour de la plaie, de dormir sur le côté, de marcher beaucoup, de bien manger, et ça a fini par guérir. La dernière fois que je l’ai conduite à ton cabinet, tu as dit que ça s’était fermé tout seul, tu t’étais contenté d’éviter que ça ne s’aggrave, et je sais que tu ne disais pas ça par modestie, mais elle n’a jamais voulu l’admettre. Elle a dit : Ça a pris du temps, mais si vous ne vous en étiez pas bien occupé, ça n’aurait jamais guéri. D’habitude, les docteurs ne prennent pas le temps d’attendre que les malades guérissent, ils n’aident pas les malades à prendre leur mal en patience. Les docteurs, ça n’est pas très patient. Vous, si.
Martin Winckler, La Maladie de Sachs, P.O.L – 1998
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Extraits de l’entretien d’Olivier Postel-Vinay, directeur de la rédaction de Books, avec Frédérc Kaplan, organisé le 29 septembre au théâtre de l’Odéon.