Avec mes meilleurs souvenirs de l’asile
par Jenny Diski

Avec mes meilleurs souvenirs de l’asile

Ceci n’est pas une critique. C’est un dialogue bouleversant, par livre interposé, entre deux auteures brillantes, qui ont l’une et l’autre fréquenté les vieux asiles aujourd’hui fermés et ont l’une et l’autre trouvé là rire, entraide et chaleur humaine. Elles plaident ensemble pour la réhabilitation de ces lieux offrant un refuge vital à ceux qu’un sentiment de vulnérabilité absolu oblige à fuir le monde pour survivre. Car c’est cela, être fou.

17632-dd3feb Publié dans le magazine Books, février 2016. Par Jenny Diski

©Pal Hansen

Pendant une vingtaine d'années, Barbara Taylor a lutté contre un cocktail de colère et de frustration, en proie à des cauchemars affreux, s'adonnant à l'alcool, à la drogue et au sexe.

  « La folie est une chose puérile », écrit Barbara Taylor dans The Last Asylum, récit de ses deux décennies de maladie mentale. (1) Le livre raconte sa dépression, ses vingt et un ans d’analyse, ses séjours au Friern Mental Hospital, dans le nord de Londres, tout en offrant une brève histoire du traitement des troubles psychiques et des institutions y afférentes. Taylor a fréquenté l’asile au moment où les vieux établissements victoriens vivaient leurs derniers jours. C’était juste avant que leur fermeture, dans les années 1990, ne disperse leurs patients aux quatre vents du territoire impécunieux et négligé des « soins communautaires », puisque c’est ainsi que l’on a baptisé un système qui accorde aux malades la liberté froide de vivre à la rue ou dans des appartements thérapeutiques. Ah, les asiles de fous ! Nous les appelions « asiles » tout court, comme le fait Barbara Taylor, de même que nous disions « folie » ou « être fou » pour désigner la maladie mentale. Nous nous remémorons encore les cachettes où étaient dissimulés les médicaments que nous avions fait semblant d’avaler, préférant les garder en réserve pour les jours sans. Et nous évoquons ensemble ce jour où nous avions pris notre rôle trop à cœur et où il avait fallu une demi-douzaine d’infirmiers pour nous maîtriser, pendant qu’un autre nous administrait un puissant tranquillisant. (« Halopéridol ? – Non, chlorpromazine. La première fois, en tout cas. » Et de discuter leurs inconvénients respectifs...) En société, ce genre de conversation se déroule dans le même climat – avec cet éclat de défi…

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