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Jeudi 19 Mai 2011

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Affaire DSK : comment parle la justice américaine ?

J’ai honte. Très remonté contre l’anthropocentrisme du dossier sur la viande, j’avais promis d’écrire un post sur « Qui parle de manger des animaux ? » Pas eux, à l’évidence… Cela dit, pas de quoi se priver d’un steack. Hélas, je n’en ferai pas plus, rattrapé que je suis par une actualité plus romanesque que toutes les fictions d’un festival de Cannes, relégué à une fête de patronage des médias.
 
La mise en scène de l’arrestation et de l’incarcération de DSK, accusé de crimes très inhabituels pour un dignitaire de son rang, qui plus est, prétendant au trône de France, a beaucoup choqué ici. De Robert Badinter à Jack Lang en passant par les rangs de la majorité présidentielle, on a crié au crime contre la présomption d’innocence. Le point intéressant est que, de façon quasi-analytique, la catégorie d’innocence est absente du processus américain. Car en l’espèce, l’individu n’est ni innocent, ni coupable, il est incriminé. Engagé dans une procédure.
 
L’originalité inouïe de ce processus est que la justice n’est pas rendue en fonction d’une vérité absolue ou officielle, mais au terme d’une négociation entre parties arbitrée par des jurys populaires. L’hypothèse de base, caractéristique du raisonnement anglo-saxon, est qu’il n’y a pas de vérité puisque tout le monde a intérêt à mentir : le plaignant pour défendre son préjudice, l’accusé pour minimiser sa faute, le ministère public pour faire valoir son zèle à ses mandants.
 
Dès lors, ce que la justice a en charge d’établir, c’est le protocole de négociation entre ces parties pour convenir de la solution qui maximisera l’utilité des trois. On est très proche ici de ce que les économistes nomment le théorème de Coase, lequel stipule que, s’agissant d’affaires engageant des parties, si les droits de celles-ci sont clairement établis et si elles peuvent négocier sans entraves, l’optimum social est plus sûrement atteint par la négociation que par une décision centralisée, fatalement sous-informée. De là que, pour autant qu’elle en ait les moyens — ou escompte les obtenir à la fin —, chaque partie s’acharne à informer le dossier dans le sens qui lui convient.
 
L’originalité de ce processus par rapport au protocole régalien dont nous sommes familiers, est que la Justice est muette. Elle ne se prononce ni sur l’innocence, ni la culpabilité, mais sur l’incrimination, la procédure et le verdict. C’est un théâtre dont la fonction est de rappeler qui sont les acteurs, et de mettre en scène leurs dires afin de ne pas biaiser la négociation sous-tendant la décision finale. Du coup, le ministère public met en scène son incrimination, et chacune des parties sa défense respective. De là des règles de médiatisation dont l’exotisme et le spectaculaire popularisés par Hollywood viennent opportunément rappeler la relativité de notre système régalien.

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L'auteur de l'article

Olivier Bomsel

obmedium.jpg Olivier Bomsel est économiste, spécialiste de l'économie des réseaux et des médias. Professeur et chercheur à Mines ParisTech (Ecole des mines de Paris), il est notamment l'auteur de Gratuit ! Du déploiement de l'économie numérique, (Folio, Gallimard, 2007). Son dernier ouvrage L'économie immatérielle. Industries et marchés d'expériences est sorti en février 2010 chez Gallimard.Olivier Bomsel tient sur le site de Books le blog Qui parle ? consacré à la façon dont les médias écrits s’adressent au public.

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