Blog

Mercredi 16 décembre 2009

Imprimer cet article Envoyer cet article à un ami Partager cet article sur Twitter Partager cet article sur Facebook

Bonheur et sexe

En ces temps difficiles - Noël de crise, etc. - la réflexion scientifique sur le bonheur est à la mode. Sans surprise, cette réflexion a d'abord emprunté la voie économétrique, pour quantifier et comparer les éléments mesurables du bonheur. Mais cette voie s'est révélée une impasse : le bonheur ne se mesure pas, le domaine du quantitatif lui sied mal.


Voyez par exemple le « paradoxe australien » : sur l'échelle classique du HDI (PNUD), l'Australie arrive tout en haut, à la troisième place des nations ; mais quand on interroge les gens sur leur propre perception du bonheur, c'est une tout autre histoire - le peuple australien tombe à la 15e position, voire à la 25e si l'on inclut les critères de satisfaction professionnelle ! (1)


Pour traquer les constituants du bonheur, il faut se tourner du côté du qualitatif, du subjectif, de l'impalpable, de l'inquantifiable. Mais les scientifiques sont incorrigibles : même là ils ont fourré leur nez ou leurs instruments, et réussi à nourrir quelques analyses sur les Déterminants Empiriques du Bonheur (Easterlin, 2001). Dans un post précédent, j'ai déjà mentionné que ni l'argent, ni l'éducation, ni même la santé n'apparaissaient étroitement corrélés avec le bonheur - du moins sous la forme d'une corrélation linéaire continue (plus on en a, plus on est heureux). Alors, de quoi est fait le bonheur ?


Commençons par les circonstances extérieures : toutes les études s'accordent - phénomène remarquable ! - pour reconnaître qu'un environnement politique et sociétal satisfaisant, où règnent sécurité et respect des droits de l'homme est une condition nécessaire du bonheur. De fait, il est difficile - sauf dans des cas très particuliers - d'être parfaitement heureux sous une dictature.


Mais il en faut un peu plus. Les chercheurs sont ainsi unanimement prêts à reconnaître que des relations sociales denses et satisfaisantes, ainsi qu'un bon niveau de « job satisfaction », sont des ingrédients eux aussi incontournables (Schimmel, Campbell, Diener & Seligman, etc.). C'est intéressant, mais encore bien trop fragmentaire.


Progressons dans l'intime : le fameux Easterlin est allé, à l'intérieur même des foyers, regarder de quoi il en retournait de la vie des couples. Eh bien les gens mariés - ou remariés - témoignent d'un niveau de contentement systématiquement plus élevé que les célibataires, et ceci à toutes les étapes de la vie. C'est vrai pour les Américains du moins, qui semblent avoir été les plus rigoureusement étudiés. Cependant une analyse allemande a révélé que, pour leur part, les citoyens de la RFA semblaient n'éprouver qu'une brève poussée de bonheur après leur mariage (un an, environ), avant de retourner à leur « niveau naturel de bonheur » (« Setpoint  Happiness »).


Un autre chercheur, D.Blanchflower, a lui carrément poussé la porte de la chambre à coucher, pour regarder sous la couette. Il n'a pas fait ça par amour de la gaudriole. Non, il en extirpé « les premières équations économétriques du bonheur dans lesquelles l'activité sexuelle constitue une variable indépendante » ! Pour résumer les conclusions du spécialiste : oui, le sexe contribue au bonheur - et même, chez les plus éduqués, « d'une façon disproportionnée » ! Il a également observé que le  «  nombre optimal de partenaires sexuels par an était égal à 1 ». Ouf.


Mais tous ces analystes du bonheur, chercheurs, spécialistes du développement, ou traqueurs d'inégalités semblent obligés, à un point ou un autre de leurs savantes recherches, de concéder - parfois à regret - que le bonheur dépend plus des circonstances intérieures qu'extérieures. À vrai dire, on s'en doutait, et même depuis fort longtemps (Sénèque etc.). « Toutes les âmes n'ont pas la même aptitude au bonheur », disait Chateaubriand - un spécialiste de terrain, lui -,« comme toutes les terres ne portent pas également des moissons ». C'est peut-être cela, en définitive, la principale injustice de notre temps.


(1) Blanchflower & Oswald - Warwick University Economic research Papers - N° 726

Commentaires

Tous les Blogs

L'auteur de l'article

Jean-Louis de Montesquiou

jlm.jpg

Jean Louis de Montesquiou, 59 ans, est consultant et ancien dirigeant de banque et de magazine. C’est aussi un voyageur et lecteur enthousiaste. Son blog lui permet de faire partager son intérêt pour les situations, les informations, les technologies, ou les lectures qui révèlent des aspects insolites de notre monde et de son évolution.

De cet auteur

Le planisphère de Books

Articles, livres et auteurs par pays