CACographie
Le Livre
En outre, le marché des patrons est créateur de marques. Elles s’adressent aux actionnaires pour qui, cependant, elles n’effacent pas le réel des comptes. Mais dans le colbertisme local, un PDG n’est jamais loin du Château, et doit, pour cultiver son rang, engranger du capital médiatique. Et pour cela, quoi de meilleur qu’un livre ?
Depuis quelques années, des cadres, à l’image de Carlos Ghosn, n’hésitent pas à faire publier une hagiographie avant de prendre les rennes de grandes entreprises, histoire, pourrait-on dire, de rassurer les marchés (1). Leurs prédécesseurs en profitent pour livrer leurs souvenirs : ce qu’a fait Louis Schweitzer avec Mes années Renault : de Billancourt au marché mondial, publié chez Gallimard en 2007. Du premier, on imagine que le projet émane d’une cellule de communication, du second, que le signataire ait eu à cœur d’écrire ses mémoires.
Un autre phénomène émerge. Celui de patrons cosignant des livres sur l’environnement économique de leur firme. Le premier met en avant Didier Lombard, PDG d’Orange, anciennement France Telecom, et s’intitule Le village numérique mondial : la deuxième vie des réseaux. (Odile Jacob). Le second est signé d’Anne Lauvergeon, rayonnante patronne d’Areva, anciennement Cogema, ex-Centre de l’Energie Atomique, et s’intitule La troisième révolution énergétique. (Plon).
Certes, les PTT sont des infrastructures vitales qui relient les hommes aux autres, et donc, la moelle épinière de l’insertion mondiale. Certes aussi, dans ce monde saturé de dioxyde, la production décarbonnée d’énergie doit jouer un rôle crucial. Qui en douterait ? Ce qui intrigue, c’est qu’un discours pseudo-scientifique et, par ailleurs, bon enfant, vienne s’affadir encore de la caution d’un industriel impliqué.
Pourquoi alors un PDG dont on imagine l’agenda farci de rendez-vous planétaires avec des clients, des financiers, des salariés, des partenaires, des administrations, j’en passe…, éprouve-t-il le besoin d’apposer son nom à un témoignage sur le bien-fondé de son entreprise et, par là même, de son existence ? Que vaut, en l’occurrence, la co-signature ? Qui parle dans ces livres ? Et pourquoi tant de bruit ?
(1) Citoyen du Monde par Carlos Ghosn et Philippe Riès, LGF, 2005.
Commentaires
-
Identifiez vous pour pouvoir laisser un commentaire. Saisissez vos identifiants dans l'espace abonné ou inscrivez-vous en un clic









Olivier Bomsel est économiste, spécialiste de l'économie des réseaux et des médias. Professeur et chercheur à Mines ParisTech (Ecole des mines de Paris), il est notamment l'auteur de Gratuit ! Du déploiement de l'économie numérique, (Folio, Gallimard, 2007). Son dernier ouvrage L'économie immatérielle. Industries et marchés d'expériences est sorti en février 2010 chez Gallimard.Olivier Bomsel tient sur le site de Books le blog Qui parle ? consacré à la façon dont les médias écrits s’adressent au public. 




















