De nouveaux venus dans le paysage électronique
Le Livre
76
par Félix Bruzzone
Editorial Tamarisco
À première vue, il paraissait avoir raison. Le livre électronique, qui est né en même temps que la bulle Internet, a bien failli mourir avec elle. Dans la liste des victimes : d'abord les Rocket e-book et Softbook américains, les grands ancêtres, qui se sont réincarnés dans le Gemstar e-book (aujourd'hui moribond ). Puis, en France, le fameux Cybook, de Cytale - le projet franco-français d'Attali et d'Orsenna, tristement décédé. Au Japon, le LIBRIé de Sony, sur lequel les livres ne pouvaient rester que 60 jours, a succombé lui aussi, mais serait en passe de résurrection. Et , de par le monde, une foultitude de projets plus ou moins mort-nés… Tous ces ancêtres étaient lourds, fragiles et surtout très coûteux. Mais j'ai de mauvaises nouvelles pour le libraire : dans le paysage du livre électronique sont récemment apparus quelques nouveaux-nés d'apparence vigoureuse. Notamment le Sony reader et le Kindle d'Amazon. Commençons par celui-ci : c'est encore un écran rigide, mais qui utilise l'encre électronique (confort de lecture impeccable). Il est nettement plus léger que ses prédécesseurs, et un peu plus sexy aussi - en tout cas, il ressemble moins à un ordinateur ; il contient 200 livres et sa batterie dure 30 heures. Il coûte encore fort cher (360 $), mais, mais, mais : il se connecte directement à Internet, ce qui permet de télécharger l'un des 180 000 titres disponibles chez Amazon pour environ 10 $ ! Seul problème : il n'est pas encore vraiment utilisable en France, car il fonctionne sur une norme américaine de transmission (l'arrivée d'une version 2 universelle serait imminente). Il semblerait que, commercialement, le Kindle commence à marcher plutôt bien : Amazon dit en avoir déjà vendu dans les 300 000 exemplaires, et assure que les téléchargements représenteraient désormais 10 % de ses ventes de livres. Dans un pays où 82 % des lecteurs ont déclaré ne jurer que par le papier, ce n'est pas trop mal. Voyons ensuite l'autre grand rival, le Sony Reader, qui va débarquer dans les rayons de la FNAC vers la mi-octobre. Les commentaires que l'on peut glaner de-ci delà font écho à ceux concernant le Kindle : l'encre électronique est un énorme progrès, mais l'objet est toujours un peu cher (299 €), et sent encore la première génération. Quant au contenu, le discours marketing vante la mise en place d'un « écosystème » FNAC - Sony – Hachette : la FNAC vend exclusivement le Sony sur lequel on ne peut télécharger qu’exclusivement les titres Hachette. Il faut voir...
Il y a quelques jours, je suis repassé chez mon libraire. Il avait l'air maussade : « si c'est pour m'acheter un livre, je suis à vous. Mais si c'est pour me bassiner avec votre livre électronique, j'ai vraiment autre chose à faire ! »
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