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Lundi 17 Mai 2010

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Déni de Freud

J’ai sous les yeux trois articles exceptionnels. Ils ont trait au livre de Michel Onfray, Crépuscule d’une idole, titre emprunté à Nietzche et, plus récemment, à Books (« Foucault, crépuscule d’une idole », n°8, septembre 2009). Dans ce pavé « fort d’un million de signes », écrit Onfray, celui-ci s’emploie à déboulonner la statue de Freud. Après bien d’autres, et avec la fougue d’un procureur qui vient de découvrir le pot aux roses.

Le premier article est de Bernard-Henri Lévy, le second d’Onfray lui-même, le troisième d’Elisabeth Roudinesco. BHL sort son gros pétard : « banal, réducteur, puéril, pédant, parfois à la limite du ridicule », c’est « un tissu de platitudes, plus sottes que méchantes ». Texte publié en simultané dans Le Point et sur le site américain Huffington Post. C’est chic. Grand prince, peut-être un peu plus, Le Point a choisi de publier la réponse de l’intéressé, plus longue que le texte de BHL, plus brutale aussi : « Ma thèse, dans ce livre, est nietzschéenne : la philosophie est toujours la confession de son auteur, son autobiographie, pour Freud comme pour les autres. Posons l’hypothèse, pour rire un peu, que ce journaliste est un philosophe : alors, lui aussi aura la philosophie de sa propre personne. On comprend dès lors qu’il vole au secours d’un faussaire, d’un faiseur, d’un affabulateur, d’un menteur, d’une personnalité narcissique, d’un mégalomane, d’un sectaire[...] ».

Et voici Elisabeth Roudinesco, dans Le Monde (dès qu’il s’agit de Freud, par un réflexe quasi pavlovien, Le Monde lui ouvre ses colonnes) : « l’ouvrage n’est que la projection des fantasmes de l’auteur sur le personnage de Freud ». Elle a précisé sa pensée sur BibliObs, le site littéraire du Nouvel Observateur : « Pour se venger de la haine que lui a inspiré sa mère, il a décidé d’attaquer celui qu’il considère comme le responsable de tous les complots contre le père : Sigmund Freud, dont on sait qu’il fut adoré par sa mère ».

Rions un peu. Ce qui relie ces trois personnages, c’est le déni. Ce même déni qui fut mis à jour et magnifiquement analysé par – tiens donc – Freud ! En 1910, il écrivait par exemple : « Le névrosé se détourne de la réalité effective parce qu’il la trouve – elle toute entière ou des parties de celles-ci – insupportable ». Quelques lignes plus loin, il évoque la « tâche » qui lui incombe d’examiner « la relation du névrosé et de l’homme en général [c’est moi qui souligne] à la réalité ». Or, s’il est vrai que Freud était un « faussaire, un faiseur, un affabulateur, un menteur, une personnalité narcissique, un mégalomane, un sectaire » (cette « réalité » n’a pas attendu Onfray pour être mise en évidence), il n’en est pas moins vrai qu’il fut par ailleurs un penseur de génie. Ce n’est pas par hasard si depuis un siècle cet homme exerce une telle influence et continue de nous bousculer. C’est à lui, en particulier, que nous devons cette notion de déni, si fondamentale pour comprendre « l’homme en général ». Le déni, c’est-à-dire « le refus de reconnaître une réalité dont la perception est traumatisante pour le sujet » (je cite ici la définition donnée dans le Dictionnaire historique de la langue française, qui fait explicitement référence à Freud). Ce refus nous concerne tous, à des degrés divers, dans notre être intime. Il se traduit par des comportements surprenants que les autres se font un plaisir d’analyser.

Ainsi Elisabeth Roudinesco croit-elle savoir pourquoi l’apport de Freud fait l’objet d’un tel déni de la part d’Onfray (mais quelle est la vraie confession de sa philosophie ?). Celui-ci croit savoir pourquoi la critique radicale de la personnalité de Freud provoque une réaction de déni chez BHL. Quant au déni pratiqué par Elisabeth Roudinesco, il est identifié depuis longtemps : la grande prêtresse du freudisme français supporte mal l’idée qu’elle pourrait consacrer le plus clair de son énergie à rendre un culte à une idole.


=> Découvrir les articles des encyclopédies Universalis et Britannica sur le déni


=> Découvrir les articles des encyclopédies Universalis et Britannica sur Freud

Commentaires
  • Merci de cet article lu chez vos confrères de Rue89 ! Espérons au moins que le débat sera constructif !! Il y a également deux excellents articles sur Onfray de Stéphanie Hochet intitulé Vive Oedipe et de Sophie Sendra " L'affaire Onfray" sur le dernier numéro du Bsc news magazine de ce mois-ci voilà le lien : http://www.wobook.com/WBBu3Qz9ui6c/BSC-NEWS-MAGAZINE/BSC-NEWS-Magazine-MAI-2010-Numero-25.html

    Rédigé par : Lionel Vati le 18/05/2010

  • À propos de l’affaire Onfreud : http://www.facebook.com/notes/psychanalogie/en-realite-michel-onfray-veut-sauver-la-psychanalyse-contre-freud-et-les-psychan/391038327884 = http://goo.gl/srst Où l’on découvre dans les propos de M. Onfray dans la presse et à la télévision qu’il cherche à substituer à la psychanalyse dite « freudienne » une « psychothérapie pour aujourd’hui », « psychanalyse post-freudienne », consistant en… la « méditation philosophique », substituée par supersessionisme. Et que pour cela, il cherche à ridiculiser la règle fondamentale, la « loi » de la psychanalyse, qui consiste du côté du patient à dire tout ce qui vient à l’esprit (« association libre »). Et que dans ces conditions, le livre de M. Onfray cherchant à ridiculiser Freud n’est qu’un moyen de parvenir à ses fins qu’il révèle par ailleurs : « je souhaite dire que j’aimerais que ce livre soit aussi et surtout l’occasion de penser une psychothérapie pour aujourd’hui », in article de M. Onfray publié sur le site du Monde le 7 mai 2010. Où l’on découvre que tout ceci est motivé par la phobie de la notion “freudienne” selon laquelle la « normalité » n’existe pas, et qu’il n’y a qu’une différence de degré, et non de nature, entre les « normaux » et « ceux qui ne le sont pas », et que M. Onfray estime cela scandaleux et tient à une frontière nette entre les deux, afin de pouvoir se placer… devinez dans quelle catégorie : voilà toute l’affaire. Voilà ce qu’y trouvent ceux qui soutiennent M. Onfray dans son ambition. Sommaire — des extraits de l’article de M. Onfray paru sur le site du Monde le 7 mai 2010 (mais non paru dans l’édition papier) — un premier commentaire de l’article de M. Onfray paru sur le site du Monde le 7 mai 2010 — des extraits du Dossier publié par Le Monde, sur site le 7 mai 2010 et dans l’édition papier le 8 mai 2010 : deux articles parmi ceux du dossier — les liens vers les enregistrements vidéo de la prestation de M. Onfray lors de l’émission télévisée de Laurent Ruquier le samedi 8 mai 2010 — la transcription et le bref commentaire des passages estimés essentiels de la prestation télévisée précitée de M. Onfray le 8 mai 2010 — le lien vers le blog de M. Onfray qu’il consacre à son livre et les suites de celui-ci notamment dans les médias : essentiel pour mieux apprécier la “mentalité” de M. Onfray — addition sur la notion de science et si la psychanalyse est une science — le lien vers le blog d’Emmanuel Fleury qu’il consacre à l’affaire Onfray et notamment liste la plus complète des liens vers les articles relatifs à cette affaire. Voir http://www.facebook.com/notes/psychanalogie/en-realite-michel-onfray-veut-sauver-la-psychanalyse-contre-freud-et-les-psychan/391038327884 = http://goo.gl/srst --- http://psychanalogie.fr

    Rédigé par : François-R. Dupond Muzart le 31/05/2010

  • Dommage ! Cela fait trois numéros que je vous suis. J'ai été enthousiasmé par votre projet éditorial et le contenu de votre revue, éclectique, ouvert sur des horizons géographiques autres, rigoureux, non dénué d'humour m'amenait à vouloir m'abonner. Et puis, patatras, je lis cette note ! Et je me dis comment avoir confiance dans le sérieux de vos articles ! Donc le "déni", "mis à jour" par Freud, "penseur de génie", découverte qui suffit à disqualifier d'avance toute critique sa géniale pensée. Un peu comme le refoulement qui prouve tout et surtout le fait qu'on le combatte. Et voilà comment descendre un livre, une pensée sans jamais s'attaquer au contenu du livre ! Ah mais bien sûr, toutes les révélations d'Onfray n'en sont pas, cette "réalité" n'ayant pas attendu Onfray : et vous avez raison, de nombreux "livres noirs" ont été consacrés à Freud, l'homme aussi bien que ses idées; livres qui ont été recensés dans les revues françaises avec une objectivité qui force l'admiration. Cette "réalité" en est tellement une que tout ce que la France comporte d'intellectuels médiatiques nous hurle que non tout ceci procède de l'amalgame, de la méchanceté, de l'antisémitisme et j'en passe. Pour une réalité, convenons que beaucoup l'ignorait ! J'en ai marre, moi simple citoyen, simple lecteur, simple acteur sans aucune référence universitaire que vous me preniez pour un imbécile, un simplet à qui on pourrait faire avaler n'importe quoi. Pensez donc, ces gens là ne lisent pas ou quand ils le font, ils ne comprennent pas. Donc, merci d'insulter mon intelligence, en faisant un panégyrique déguisé de Freud, et en mettant Onfray dans le panier des BHL et Roudinesco, en étant persuadé que je n'ai pas lu le livre qui fait polémique (et les autres aussi). Un conseil à ceux qui n'auraient pas encore lu le livre : lisez le et critiquez le *ensuite*. Excusez moi pour la longueur et la maladresse de ma prose. Mais je n'ai jamais visé à gagner un 1er prix de dissertation française.

    Rédigé par : Corinne JOSEPH le 29/06/2010

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L'auteur de l'article

Olivier Postel-Vinay

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Olivier Postel-Vinay est le fondateur et le directeur de la rédaction de Books.  Il a, entre autres, publié Le Taon dans la cité, actualité de Socrate (Descartes & Cie, 1994).

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