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Jeudi 15 avril 2010

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Des robots journalistes : et alors ?

Il y a quelque temps, un article du Monde, a créé un certain émoi : on y décrivait comment un astucieux logiciel mis au point par une université américaine permettait d'écrire automatiquement des comptes-rendus de matchs de base-ball. Ce logiciel, dénommé Stats Monkey, va chercher les informations sur le Net, les classe, les analyse, et les recrache sous forme d'un article parfaitement ficelé, au point qu'il est souvent repris tel quel par l'agence AP (dont les propres articles sont d'ailleurs tellement « formatés » qu'ils en paraissent souvent automatiques !). Ce système qui paraît marcher très bien pour le base-ball – domaine d'ampleur intellectuelle certes restreinte – est en train d'être étendu à d'autres sports, à la critique de films, et même aux comptes-rendus politiques.

Nous sommes habitués désormais à voir des pans entiers de l’activité humaine crouler sous les coups de boutoir de l'électronique. Mais là, c'est un pas dramatique qui est franchi : le sacro-saint journaliste à son tour remplacé par la machine.

Voici de quoi atténuer le traumatisme. D'abord, ceci n'est pas une nouveauté absolue. En musique, la « génération automatique d'œuvres numériques » a déjà quelques années derrière elle. Voyez par exemple le logiciel mis au point par René Louis Baron qui permet de créer jusqu'à 100 morceaux de musique « cohérente » par seconde. Cette invention ouvre des perspectives intéressantes : l'auditeur peut par exemple influer sur la musique qu'il écoute, la réorienter, la recomposer au fil des notes en fonction de ses desiderata.

En littérature aussi, la génération automatique de textes a mobilisé des esprits inventifs. Notamment en France celui de Jean-Pierre Balpe, le père de nombreux algorithmes de création poétique, érotique, de haïkus, de proverbes, les lettres d'amour, et même de romans. Ça donne par exemple ce poème :

    « Sous le vent insatiable le caneton perdu le caneton

 
   Dans les airs comme comme comme malhabile comme »

Ou bien encore cet haïku automatique :

    « Sur le rivage

 
   Un chat s’immobilise
    Au loin, une vague rumeur »

Surprenant ? C’est pourtant dans le droit fil de l' « auteur automatique » imaginé par Boris Vian et surtout de ce qu’avait imaginé Paul Valéry lui-même :

    « Peut-être serait-il intéressant de faire une fois une œuvre qui montrerait à chacun de ses nœuds, la diversité qui peut s’y présenter à l’esprit, et parmi laquelle il choisit la suite unique qui sera donnée dans le texte. Ce serait là substituer à l’illusion d’une détermination unique et imitatrice du réel, celle du possible-à-chaque-instant, qui me semble plus véritable ».

Je ne sais pas si ces innovations littéraires parviendront à redéfinir le contenu même des livres. En revanche, il semble inévitable que le changement de contenant, c'est à dire le remplacement du texte soigneusement emprisonné entre les deux couvertures d'un livre par son déroulement sur un écran, modifie la façon de lire les œuvres.

Mais là encore, rien de bien nouveau. Aragon avait déjà imaginé le livre infini, La Défense de l'infini, composé d'une accumulation sans limite de bouts de texte et de personnages…

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L'auteur de l'article

Jean-Louis de Montesquiou

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Jean Louis de Montesquiou, 59 ans, est consultant et ancien dirigeant de banque et de magazine. C’est aussi un voyageur et lecteur enthousiaste. Son blog lui permet de faire partager son intérêt pour les situations, les informations, les technologies, ou les lectures qui révèlent des aspects insolites de notre monde et de son évolution.

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