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Mardi 17 mars 2009

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Est-ce qu'Internet pourrait sauver la presse ?

Oui, Internet a sérieusement bousculé la presse papier. Pour preuve, cet événement vécu comme hautement symbolique aux États-Unis le Christian Science Monitor, un journal américain plus que centenaire et formidablement respecté a décidé en novembre dernier d'abandonner le papier pour le numérique.

Oui, Internet a sérieusement bousculé la presse papier. Pour preuve, cet événement vécu comme hautement symbolique aux États-Unis (quoique largement ignoré dans la presse française) : le Christian Science Monitor, un journal américain plus que centenaire et formidablement respecté a décidé en novembre dernier d'abandonner le papier pour le numérique : « Nous savions que nous étions condamnés, a dit son patron. Nous savions que l'utilisation d'Internet et les préférences des lecteurs et tout ça allaient exploser le business model de la presse papier ». Mais Internet est-il vraiment pour autant l'assassin du « print », du papier ?
Car, comme dans tous les bons romans policiers, le suspect évident est rarement le coupable - ou du moins le seul coupable.
En France, où la situation de la presse papier n'est guère brillante (un éditeur suisse a publiquement parlé à propos de certains fleurons nationaux « d'acharnement thérapeutique »), on discerne facilement d'autres causes, bien franco-françaises : un système de distribution extrêmement coûteux et peu efficace, des syndicats d'un autre siècle, et des coûts de fabrication monstrueux. Tout cela a été répertorié dans le rapport de l'institut Montaigne (1), qui résume le problème : « Les entreprises de presse française sont pénalisées par des lourdeurs industrielles que leurs confrères étrangers ne connaissent pas ». Que c'est élégamment dit !
Et puis, on ne peut évidemment passer sous silence la question du « contenu » lui-même. Les éditeurs de journaux ont mis beaucoup de temps à comprendre que leurs lecteurs - surtout les jeunes, qui ne conçoivent même pas qu'Internet ait pu un jour ne pas exister - n'étaient guère intéressés par l'information en tant que telle, à laquelle ils ont un accès continu... et gratuit. Les éditeurs ont aussi mis du temps à comprendre que le mode de lecture - donc d'écriture journalistique - avait radicalement changé : en gros, fini les longs articles de spécialistes au ton sentencieux – place aux analyses courtes et percutantes de généralistes à la plume concise et alerte. Longtemps, on a prétendu séparer drastiquement les « rédactions numériques » des « rédactions  papier ». Et les rédactions numériques faisaient un peu figure de parent pauvre - comme le remarque une commentatrice de ce blog : «bien souvent les versions numériques des grands journaux du type Le Monde ou Libération sont d'une bien piètre qualité : travail hâtif, fautes d'orthographe etc. ».
Mais cette fiction du découplage des rédactions est en train d'exploser : voyez le Guardian en Angleterre, le New York Times aux États-Unis, le Handelsblad aux Pays-Bas, et tant d'autres qui ont compacté leurs équipes en une seule machine de guerre multimédia. Même Le Monde est en train d'y passer !
Et il n'est pas sûr que le lecteur y perde, bien au contraire.
Le « journalisme électronique », aussi appelé « journalisme citoyen » ne souffre d'aucun des handicaps majeurs de la presse traditionnelle : il est peu coûteux, donc libre d’allégeances financières, donc libre tout court ; fluide et parfois clandestin, il peut prendre tous les risques; grâce aux téléphones portables, il a des yeux et des oreilles bénévoles partout... Aux États-Unis, combien de scandales récents - de l'affaire Lewinsky aux propos racistes de tel ou tel sénateur - ont surgi grâce au Web. Sur celui-ci, on trouve désormais les informations et les enquêtes fouillées que la presse traditionnelle, dans son état présent de décrépitude financière, a de plus en plus de difficultés à fournir.
Voyez la France, où, sans remonter jusqu'à Balzac et ses portraits de plumitifs cyniques et véreux, la presse a toujours eu un problème de crédibilité. Le journalisme dit d'investigation, « la fierté de la presse », est en train d’y devenir l'apanage exclusif du Net. Toute une série de sites excellents - Rue 89, Bakchich.com, Médiapart, pour citer les plus fameux - ont repris numériquement le flambeau des grandes publications insolentes de jadis alors que celles-ci sont presque toutes désormais dans la main, ou sous la botte, du complexe militaro-industriel à la française.

(1)    Comment sauver la presse quotidienne d'information ? - rapport août 2008

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L'auteur de l'article

Jean-Louis de Montesquiou

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Jean Louis de Montesquiou, 59 ans, est consultant et ancien dirigeant de banque et de magazine. C’est aussi un voyageur et lecteur enthousiaste. Son blog lui permet de faire partager son intérêt pour les situations, les informations, les technologies, ou les lectures qui révèlent des aspects insolites de notre monde et de son évolution.

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