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Mardi 10 mars 2009

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Est-ce qu'Internet va tuer la presse papier ?

Autour du lit où ceci la presse papier se tortille de douleur, malade et peut-être même déjà à l'agonie, l'Internet rôde… Assassin venu contempler son crime ? Vautour espérant recueillir quelques déchets ? Ou dauphin attendant poliment de prendre la succession du défunt ?

Autour du lit où la presse papier se tortille de douleur, malade et peut-être même déjà à l'agonie, l'Internet rôde… Assassin venu contempler son crime ? Vautour espérant recueillir quelques déchets ? Ou dauphin attendant poliment de prendre la succession du défunt ?
Que le Web soit un des principaux responsables de la déréliction de la presse papier, ce n'est pas douteux. Mais il faut y aller voir de plus près.
Contrairement à ce que l'on dit dans les assemblées choisies, Internet n'a pas tué la lecture, notamment chez les jeunes : il l'a en fait augmentée, ne serait-ce que parce que les supports de lecture ont été multipliés : écran d'ordinateur, iPhone, net books, que sais-je …! Mais c'est une lecture différente, cursive, effleurante, superficielle - «horizontale » comme dit Bernard Poulet dans un livre récent qui analyse très finement le phénomène (1). Ou encore pour citer le rapport de l'institut Montaigne : « Internet impose son rythme à la presse écrite » (2).
Mais on ne peut nier que le Web a singulièrement compliqué la tâche déjà bien difficile en ce moment des patrons de presse. Et d'abord en faisant disparaître leur source favorite de cash : la pub. « Il n'y a pas de mystère quant à l'origine du problème : les revenus publicitaires se sont évaporés » (James Surowiecki )(3). Et pourquoi cela ? En gros, parce qu'Internet permet de coller au plus près des soucis et des intérêts des lecteurs (au plus près, même dans tous les sens du mot : bientôt il sera possible d'envoyer des messages publicitaires aux gens par portable en fonction de l'endroit où ils se trouvent à un moment précis). Cela bien sûr décuple l'efficacité du message publicitaire, et au jour d'aujourd'hui il faut bien aller au plus efficace.
Pour autant, il y a une raison derrière la raison : si Internet permet un ciblage si précis des goûts des gens via leurs lectures, c'est parce que l’intérêt des lecteurs a glissé du général - l'information, les news - au particulier, voire à l’ultra-particulier: tout ce qui touche à leurs intérêts locaux, ethniques, politiques ou à leurs dadas divers et variés. Les Américains ont bien identifié ce phénomène de détachement (4), qui les inquiète beaucoup, car ils y voient une sérieuse menace pour la démocratie, qu’Al Gore définissait comme  « une conversation ». Beaucoup de bons esprits s'en alarment : sur les blogs, forum etc., disent-ils, on se retrouve entre soi, regroupés par affinités, pour s'abreuver d'un journalisme d'amateurs, communautariste, et dégagé de tout contrôle qualitatif ou déontologique. C'est vrai et faux (la preuve : ce blog lui-même !).
Ce qui est indéniable, c'est qu'on peut faire sur le net une « lecture à la carte » de l'actualité, en sélectionnant thèmes favoris et sources d'informations privilégiées. Tout un chacun peut désormais se constituer sa revue de presse perso - ce qu'on appelle le  «me-media » ; ce n'est plus le privilège des cadres sup ou des cabinets ministériels ! Du coup, la presse n'est plus tellement une fenêtre ouverte sur le vaste monde ; elle devient une sorte de loupe permettant de contempler d'encore plus près son propre nombril.


(1)    La fin des journaux et l'avenir de l'information - Le Débat – Gallimard
(2)    Comment sauver la presse quotidienne d'information ? - rapport août 2008
(3)    The New Yorker,  22 décembre 2008
(4)    « The end of news ? » M.Massing, New York Review of Books, décembre 2005. « Does the news matter to anyone anymore ? », David Simon, The Washington Post, 20 janvier 2008.

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L'auteur de l'article

Jean-Louis de Montesquiou

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Jean Louis de Montesquiou, 59 ans, est consultant et ancien dirigeant de banque et de magazine. C’est aussi un voyageur et lecteur enthousiaste. Son blog lui permet de faire partager son intérêt pour les situations, les informations, les technologies, ou les lectures qui révèlent des aspects insolites de notre monde et de son évolution.

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