Blog

Lundi 07 septembre 2009

Imprimer cet article Envoyer cet article à un ami Partager cet article sur Twitter Partager cet article sur Facebook

Foucault le gourou

« Foucault : crépuscule d’une idole ». C’est le titre donné par Books à un dossier consacré à la réception de la traduction anglaise de la version complète de L’Histoire de la folie. De quoi choquer certains.

 Je n’ai pas lu tous les livres sur Foucault, il s’en faut. Mais le meilleur que j’aie lu sur l’œuvre du « philosophe » (je mets le mot entre guillemets parce que lui-même le récusait) est à peu près complètement inconnu en France. C’est celui du regretté José G. Merquior. Universitaire brésilien familier du Collège de France et des universités britanniques, Merquior a publié son Foucault en 1985, un an après la mort de son sujet. Bref et élégant, cet ouvrage présente efficacement l’œuvre et les critiques qui lui ont été apportées.

Foucault est unanimement considéré comme « la figure centrale de la philosophie française après Sartre », écrit Merquior. Or, suggère-t-il, son œuvre est appelée à connaître le même sort que celle de son prédécesseur.

La question se pose sérieusement de savoir ce qui restera des théories qu’il a développées. A l’exception de la Naissance de la clinique, peu lu, aucun de ses livres n’a résisté à la critique. Un peu comme L’Etre et le Néant ou la Critique de la raison dialectique, bien que dans un genre différent, puisque fondés sur l’apparence d’une analyse historique rigoureuse, ce sont des châteaux construits sur du sable. Ils relèvent tous d’un genre bien français, que Merquior baptise « la philosophie littéraire ». Comme pour Sartre, le legs de l’œuvre s’effrite, faisant eau de toutes parts, tandis que demeure la posture, ou plutôt l’image produite par la posture. Merquior s’interroge sur les raisons pour lesquelles Foucault est devenu un « gourou » (écrit-il) du monde intellectuel et médiatique français. Après Bergson vint Sartre, après Sartre Foucault. Encore une spécificité française, que l’on ne peut que constater sans bien en comprendre l’origine. Comme les divinités des temples hindous, ces grands gourous sont entourés de gourous de moindre envergure, devant lesquels il convient également de procéder à des gestes sacrés. Les Français secrètent les gourous comme le foie secrète la bile. Serait-ce physiologique ?

Le mot indien « gourou » désigne « le précepteur religieux parmi les brahmanes », notait Littré en 1960. Il est passé dans la langue anglaise pour désigner un maître à penser faisant l’objet d’une vénération collective, de caractère vaguement religieux. Il nous est revenu avec ce sens.

Vingt-cinq ans après la mort de Foucault, on peut s’étonner de l’espèce d’immunité critique dont bénéficie Foucault dans la majorité des milieux intellectuels français et dans les médias. Tout se passe comme si le critiquer revenait encore à commettre un crime religieux. A quoi tient ce culte infantile ?

J’ai lu le livre de Merquior dans sa traduction anglaise. Je découvre qu’il a aussi été traduit en français, en 1986, aux PUF.  Mais qui en a parlé ? Merquior est mort en 1991. Il n’avait pas cinquante ans.

Commentaires

Tous les Blogs

L'auteur de l'article

Olivier Postel-Vinay

opv.jpg

Olivier Postel-Vinay est le fondateur et le directeur de la rédaction de Books.  Il a, entre autres, publié Le Taon dans la cité, actualité de Socrate (Descartes & Cie, 1994).

De cet auteur

Le planisphère de Books

Articles, livres et auteurs par pays