Franco-déclin
Le Livre
« La France est une queue de comète » disait Raymond Barre.
Dans un livre court, fluide, percutant, Nicolas Tenzer explique pourquoi (1). Il suggère aussi quelques idées de contre-attaques, notamment sur le plan culturel.
Dans ce combat d'arrière-garde, la France est peut-être pourtant en train de laisser passer une de ses dernières chances : la numérisation des textes français.
De fait, le Français a déjà été balayé d'Internet, où il n'occupe plus que la sixième place, loin, infiniment loin derrière l'Anglais. La déroute aurait pu ne pas être aussi complète : Jacques Attali avait préconisé en 1988 de créer une très grande bibliothèque virtuelle, plutôt que d'ériger un majestueux bâtiment pour la présente BnF. Les huit milliards de francs dépensés pour cela auraient permis largement de numériser le fonds français et de faire de la culture française - à défaut de la langue - une présence majeure sur le « septième continent », comme dit Attali, toujours lui.
Le patron actuel de la BnF, Bruno Racine (Voir l’interview vidéo de Books) ne se décourage pourtant pas, et fait face en multipliant les initiatives numériques : Gallica 1 et 2, Europeana, mise en ligne de catalogues, numérisation de 300 à 400 000 nouveaux livres par an, numérisation de la presse, archivage digital etc. Ce parangon de culture classique - agrégé de latin - grec, ancien directeur de la villa Médicis - fortement ancré dans le passé, embrasse pourtant gaillardement le futur. Il ne faudrait probablement pas trop le pousser pour qu'il concède qu'Attali avait raison - même s'il avait raison trop tôt.
Aujourd'hui, tous les bons esprits français sont ligués contre une hydre implacable : Google, et son projet de bibliothèque numérique universelle (Lire l’interview de Robert Darnton). Mais c'est trop tard ; le coup est parti ! En fait, le problème Google n'est pas tant qu'il s'agit d'une société privée, américaine de surcroît. Le problème, c'est qu'on ne peut pas faire d'une entreprise le réceptacle quasi unique de notre culture écrite. Que se passe-t-il si Google disparaît ? Ce n'est pas inconcevable : presque la moitié des sociétés américaines qui composaient l'indice Dow Jones en 1988 ont plus ou moins connu ce sort ! Il faut disperser nos risques.
Signalons au passage un autre enjeu, plus modeste : la diffusion des livres électroniques français, aujourd'hui encore assez balbutiante. Il est significativement plus facile - et nettement moins cher - d'obtenir via internet des livres anglais, voire des livres français par le biais d'opérateurs anglo-saxons, vendeurs en ligne, universités, etc. Mais il est encore relativement facile de remédier à cette situation avec un peu de détermination commerciale et d'enthousiasme culturel. Ce train-là au moins ne le manquons pas !
(1) Quand La France Disparaît Du Monde, Grasset
Commentaires
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Bravo ! Cher collègue. PS : Les enjeux que vous soulevez ne touchent pas seulement la France, mais bien tous ceux qui utilisent la langue française. C'est toute la francophonie qui devrait prendre conscience de ce problème et par francophonie, j'entends les forces vives des locuteurs francophones, pas les instances démodées, amidonnées, sur-diplomatisées et stérilisées des instances de la francophonie. Au fait, entendez-vous jamais parler de celle-ci ? Ses œuvres ne sont constituées que de « petits fours » (qu'elle consomme par ailleurs avec intensité en de multiples endroits exotiques...).