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Mardi 15 décembre 2009

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Google va-t-il parler ?

Les affaires se suivent et se ressemblent. Un photomontage de Michelle Obama portraiturée en guenon avec un tailleur rose est apparu plusieurs jours en tête des requêtes de Google sur son nom. A Milan, un an de prison a été requis à l’encontre les trois principaux dirigeants de Google Italie, accusés d’avoir diffusé, deux mois durant, une vidéo montrant quatre adolescents torturant un trisomique.
 



Les deux affaires sont quelque peu différentes puisque dans le premier cas, c’est l’algorithme de recherche qui s’est laissé biaiser par le référencement d’une image offensante, alors que dans le second, les dirigeants de Google Vidéo n’ont pas réagi assez vite aux demandes de retrait. Néanmoins, dans les deux cas, c’est bien Google qui, aux yeux du grand public, apparaît responsable de la diffusion d’images scandaleuses.
 



Ce qui est en jeu ici est la nature de la fonction éditoriale. Traditionnellement, cette fonction de présentation d’une œuvre au grand public — l’opération symbolique par laquelle un signifiant privé devient une œuvre publique — est l’affaire d’un acteur assumant le rôle de portier. Le portier trie, signale et assume les effets de la publication : il est à la fois physionomiste et aboyeur. Il succède à la censure publique, laquelle a disparu aussitôt qu’elle a été prise en charge, les économistes disent internalisée, par les acteurs privés que sont les éditeurs, responsables devant la loi des désordres causés par leurs publications.



La nouveauté, c’est que Google, Wikipédia, YouTube, Facebook et autres plateformes d’échanges bénéficient de protections, de ports francs (safe harbors) institués par les premières lois sur l’économie numérique. Leur statut d’opérateur technique (le cas Michelle Obama) ou d’hébergeur (le cas milanais) les absout a priori de toute responsabilité d’éditeur. Même si l’hébergeur doit satisfaire ex post les demandes de retrait.




Cette situation est-elle durable ? Pourra-t-on conserver, dans l’usage stabilisé d’Internet, des ports francs mettant les portiers du réseau à l’abri des règles de censure ? Peut-on durablement présenter des contenus à la planète en récusant, au nom de la technique, la responsabilité d’éditeur ? La « neutralité » — le mutisme — de Google ou des plateformes d’indexation et d’échanges est-elle un syndrome infantile d’Internet, ou une réalité pérenne exigeant, faute d’internalisation du filtrage, de nouvelles formes de censure ? Le public, enfin, a-t-il le droit de savoir qui parle ?

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L'auteur de l'article

Olivier Bomsel

obmedium.jpg Olivier Bomsel est économiste, spécialiste de l'économie des réseaux et des médias. Professeur et chercheur à Mines ParisTech (Ecole des mines de Paris), il est notamment l'auteur de Gratuit ! Du déploiement de l'économie numérique, (Folio, Gallimard, 2007). Son dernier ouvrage L'économie immatérielle. Industries et marchés d'expériences est sorti en février 2010 chez Gallimard.Olivier Bomsel tient sur le site de Books le blog Qui parle ? consacré à la façon dont les médias écrits s’adressent au public.

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