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Mercredi 06 janvier 2010

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Histoiregéo

A la rentrée 2010, les élèves de terminale scientifique n’auront plus d’enseignement obligatoire d’histoiregéo. L’histoiregéo quésaco ? C’est un être bicéphale engendré en 1831 par un mammouth français. Sa disparition en terminale noble émeut à bon droit les professeurs de la bidiscipline ainsi que d’éminents historiens. Même s’ils en rajoutent un peu : la réforme aboutit à leurs yeux à « décapiter ce qui a fait la force de l’enseignement secondaire ». Allons donc.  

Mais Richard Descoings, le patron de Sciences-Po, applaudit des deux mains. Il a l’oreille du Palais présidentiel et joue un rôle dans les réformes mises en œuvre actuellement à l’université et au lycée. Que dit-il ? Qu’en réalité, cette suppression sera plus que compensée par le passage à 4 heures (au lieu de 2h30) de l’histoiregéo en première, classe au terme de laquelle les futurs élèves de terminale S passeront une épreuve anticipée du bac dans cette matière. Les lycéens de première auront donc « la liberté d’esprit » de s’y intéresser, et ceux de terminale ne verront plus leur emploi du temps encombré par une discipline dont le coefficient au bac était encore cette année de 3 sur un total de 36. La réforme aura, selon lui, deux vertus :  celle d’enrayer la « fuite des cerveaux » dont souffrent les filières scientifiques après le bac, et celle de redonner une « attractivité » à la terminale littéraire, « qui est en perdition ». (Le Monde, 10 décembre 2009). Ou comment faire vertu de tout bois.

Ce que perçoivent nos voisins britanniques de ce combat douteux, c’est qu’en France « l’administration centrale continue de dicter à tous les établissements le temps exact à consacrer par semaine à chaque discipline, à la minute près. C’est un héritage de Napoléon, qui codifia le cursus par un décret impérial en 1808 » (The Economist, 17 décembre 2009).

On peut aussi faire valoir que la réforme a pour effet d’ancrer encore davantage l’idée que les lycéens ont intérêt à choisir leur orientation le plus tôt possible - du moins quand leur niveau en sciences leur donne la « liberté » de le faire. La séparation entre les « littéraires » et les autres est plus que jamais opérée à un âge où la plupart des jeunes ne savent pas ce qu’ils veulent faire dans la vie.

Surtout, comment ne pas voir que cette réforme a pour but non pas d’assouplir mais de renforcer le dispositif français de sélection des meilleurs par les grandes écoles, héritage lui aussi bicentenaire. Si l’on renonçait à ladite réforme, écrit Descoings, « la série scientifique ne sera bientôt plus que la pure reproduction intellectuelle et sociale du bon vieux lycée d’avant le collège unique ». Mais n’est-ce pas déjà le cas ? 

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L'auteur de l'article

Olivier Postel-Vinay

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Olivier Postel-Vinay est le fondateur et le directeur de la rédaction de Books.  Il a, entre autres, publié Le Taon dans la cité, actualité de Socrate (Descartes & Cie, 1994).

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