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Mardi 14 avril 2009

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Il y a bien un problème Google

Résumons : Internet et le numérique constituent une sacrée menace pour l'industrie de l'écrit, édition ou presse ; d'après certains, la presse papier serait carrément « en voie d'extinction » ; or le responsable ne serait pas Internet en lui-même, mais la gratuité qu'il permet ; cependant, il y a des moyens de tirer profit de cette gratuité…
C'est peut-être vrai, mais alors il faut bouger vite ! Car ce qui est monnayable dans la presse sur Internet, que ce soit sous forme de publicité ou autres produits dérivés, c'est son caractère de point de passage obligé pour l'accès à l'information et au décryptage des informations.
Obligé ? Pas forcément : de plus en plus de gens se tiennent au courant, comme on dit, en jetant un coup d'œil intermittent sur leur écran d'ordinateur - à partir de sites d'informations générales, boursières, sportives, de flux d'info (RSS), de Facebook, ou encore de moteurs de recherche. Et quand un sujet qui leur tient à cœur est traité dans la presse, ils en sont informés par des moteurs de recherche, et ils vont récupérer l'article concerné à l'aide d'un…moteur de recherche. C'est donc probablement là que se trouve le nerf de la guerre du futur : le moteur de recherche - de plus en plus au centre de toute la circulation d'informations sur le net, omnipuissant, incontournable, et gratuit, cela va sans dire.
Et quand ce moteur de recherche s'appelle Google, la situation devient franchement alarmante.
Car regardons-y de plus près. Vous entrez sur Internet pour effectuer quelque recherche : vous allez sur Google (peut-être dans 90 % des cas). Vous voulez que votre ordinateur vous alerte à propos de tel ou tel sujet : Google Alert ! Pendant que vous y êtes, pourquoi ne pas vérifier ce qui se passe dans le vaste monde : allons-y, Google News - ça évite de changer de site. Et tout ce trafic n'a bien entendu pas échappé à la vigilance intéressée des publicitaires (d'ailleurs, si tel avait été le cas, Google AdPlanner, ou Google quelque chose, n'auraient pas manqué de le leur signaler - gratuitement !). Du coup, lesdits publicitaires, pas plus bêtes que d'autres, ont décidé d'aller vous traquer, vous, internaute, au plus près de vos petits intérêts quotidiens. Et là, sur qui tombent-ils pour remplir cette tâche le plus efficacement possible : Google AdWords (pour la détection des mots-clés) et Google AdSense (pour la détection des tendances-clés). Pourtant, tout ça est quand même bien compliqué : il faudrait une instance qui régisse tous ces budgets publicitaires - une régie. Mais, vous alliez le deviner, Google y avait déjà pensé, en rachetant Double Click, et donc serait désormais en passe de devenir « la plus grande régie publicitaire mondiale » (Bernard Poulet).
Heureusement, le véritable aiguilleur sur Internet, celui qui tient dans ses mains l'organisation des flux d'information, ce n'est pas forcément le moteur de recherche, c'est le portail : Internet Explorer, Firefox, ou autres… À propos : quels autres ? Sans surprise, nous allons retrouver Google : le portail Google Chrome est en train de tailler croupières sur croupières à ses rivaux et va bientôt s'installer tranquillement au cœur même du dispositif.
Bon. Mais il vous restera toujours le choix de l'outil que vous utiliserez pour entrer dans le royaume magique du Net. Au moins pour quelques mois. Car bientôt votre téléphone portable sera vraisemblablement « Google-isé », grâce à Androïd - la réponse de Google aux séductions de l'iPhone. Et avec votre portable Androïd, qui vous délivrera automatiquement toutes les merveilles du Net via Google, vous voudrez évidemment bénéficier en plus de tous les gadgets imaginables - comme la géolocalisation. Aucun problème, et en images avec ça : utilisez donc Google Earth ! Et ainsi de suite…
Tout ceci pour revenir au livre électronique.
Car imaginez que tout ce que je viens de décrire ci-dessus s'applique aussi aux livres... Imaginez par exemple que Google ait réussi à étendre son ombre non seulement sur le Net - la culture d'aujourd'hui - mais aussi sur les livres entassés dans les bibliothèques - la culture tout court… Imaginez que, où que vous portent vos intérêts, vers le présent ou vers le passé, vous soyiez pratiquement obligés d'utiliser un service Google. Imaginez…
Allons! Ce n'est qu'un cauchemar ! Ce n'est pas demain la veille que toutes nos activités intellectuelles ou marchandes devront peu ou prou passer par le même canal...
Non : c'est déjà pratiquement le cas aujourd'hui !

Commentaires
  • Il est vrai qu’il y a Google, Google Alert , Google News, Google Books, Google Scholar, Google Earth et Google a réponse à tout, Androïd et autres moteurs de recherche ou quasi système. Il est vrai aussi que Google AdPlanner, Google AdWords et Google AdSense ou Google quelque chose, font de nous des proies faciles pour la pub. Cela existe aussi dans tous les supers, hypers et autres grandes surfaces, temples des marchands du temple, ou les fidèles que nous sommes (même si j’évite d’y aller), nous rendons jour après jour. Ce suivi de la clientèle se retrouve aussi dans les programmes de fidélisation, que ce soit SNCF via les s’miles ou Air France via Flying Blue (je sens que le lecteur qui a ralé contre le titre anglophobe de Books dans le numéro de septembre va faire des bonds) Ce flicage permanent est un peu celui de Big Brother, nous étions prévenus (pas par Google, je vous l’accorde). Faut il s’en alarmer, sûrement, ou du moins en prendre conscience. Est ce une raison de ne plus ouvrir une page web, de revenir au bon vieux tam-tam et signaux de fumée. La question posée par Nick Carr dans « The Atlantic » en juillet 08, reprise immédiatement par le Spiegel en Août 08, puis dans Books de juillet 09, n’est pas tant Google en soi, mais la forme de lecture que l’écran électronique impose. Lecture rapide, flux continuel d’évènements, manque de discernement (cf le Wikigrill). Là est la vraie question. Cette question renvoie aussi aux autres médias (la presse quotidienne face aux Métro, 20minutes et autres gratuits). Mais là encore, la réponse des quotidiens de créer leurs propres « gratuits » n’est certainement pas la réponse la plus adaptée. Je renvoie donc au numéro de Books de juillet et à ses articles. Faut il à tout prix trouver un coupable, le dénoncer et le brûler en place publique ? Faut il donc brûler Google et ses avatars ? Il serait temps de s’interroger pour savoir si c’est l’accès facile à l’information ou bien l’information elle même qu’il convient de contrôler. Bien sur on dira, « oui mais l situation de monopole de Google (ou d’un autre) peut restreindre cet accès (ou le biaiser) ». Et que fait donc Wikigrill ? Qui est responsable de mon information ? Libération, le Monde, Le Figaro, l’Humanité ou Rivarol ? ou est ce tout bêtement moi en tant que lecteur qui va choisir parmi le traitement fait à un événement et me construire ma propre opinion (pas forcément la bonne ni la meilleure)

    Rédigé par : jean louis vigneresse le 30/08/2009

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L'auteur de l'article

Jean-Louis de Montesquiou

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Jean Louis de Montesquiou, 59 ans, est consultant et ancien dirigeant de banque et de magazine. C’est aussi un voyageur et lecteur enthousiaste. Son blog lui permet de faire partager son intérêt pour les situations, les informations, les technologies, ou les lectures qui révèlent des aspects insolites de notre monde et de son évolution.

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