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Mardi 21 juillet 2009

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La banque, le stagiaire, et les médias

Pour une fois, voici une banque qui a fait preuve de clairvoyance. Et pas à propos de l'avenir, ce qui est déjà bien difficile - à propos du présent, ce qui l'est encore plus.

Les grandes banques d'affaires, comme Morgan Stanley, payent à prix d'or des sortes de devins ultra-compétents, les analystes, pour prévoir - avec des marges d'erreur bien sûr colossales - le futur boursier immédiat. Mais dans le cas qui nous intéresse, c'est tout le contraire : Morgan Stanley a mis à profit les talents indiscernables d’un stagiaire désœuvré et sous nourri mais convenablement pistonné pour explorer tout bêtement les habitudes de communication et de lecture de ses pairs.

Le résultat est proprement stupéfiant : 300 pages d'une syntaxe opaque mais d'un contenu hélas parfaitement transparent, que l'on peut résumer comme suit : si vous comptez sur la jeunesse pour donner un nouveau souffle aux journaux et à l'édition, vous êtes complètement à côté de la plaque !

Matthew Robson - c'est le nom du stagiaire - a eu la riche idée, du haut de ses 15 ans (et 7 mois !) d'envoyer une sorte de questionnaire électronique à ses amis, lesquels ont répondu avec enthousiasme. Et la banque a eu l'idée encore plus riche de publier le tout, transformant d'un seul coup d'un seul la  turgide littérature boursière en best seller de la finance.

Ce rapport, que nous apprend-il de si extraordinaire ?

- Que les jeunes (les très jeunes !) sont demandeurs d'encore plus de médias.
- Mais qu'ils n'ont pas la moindre intention de payer qui que ce soit pour quoi que ce soit ! Et certainement pas pour de  la musique !
- Même la publicité - l'alibi universel de la gratuité - sent le soufre : ils détestent son « caractère intrusif » et sont résolument décidés à complètement ignorer ses recommandations. - - Les jeunes sont des consommateurs au moins aussi avides que leurs aînés, mais infiniment plus avisés : ils entendent faire leur choix eux-même - le web est là pour ça - et méprisent systématiquement toutes les suggestions extérieures.
- Plus surprenant : la télévision serait elle aussi en train de passer de mode, sauf pour des programmes spécifiques ; la radio, elle, tient bien le coup, ainsi que le cinéma - mais pas à cause du film lui-même : pour l'immémorial plaisir d'être réunis ensemble dans une salle obscure !
- Enfin, et sans surprise, tout ce qui est imprimé sur papier leur paraît complètement « irrelevant ». Ne compte que ce qui est visible sur écran - et de préférence sur tout petit écran, principalement celui du téléphone portable.

Le jeune Matthew ne connaît pas une seule personne de son âge qui lise des journaux. Écoutons-le : « La plupart n' en ont pas le temps » (ils sont trop occupés par les jeux vidéo !). « Et pourquoi donc s'embêteraient-ils à lire des pages et des pages de texte alors qu'on peut regarder les nouvelles en résumé ».

Pour une fois que la finance nous éclaire sur le monde tel qu'il est - et non pas tel qu'il devrait l'être - écoutons-la. Même si le message nous griffe les oreilles.

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L'auteur de l'article

Jean-Louis de Montesquiou

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Jean Louis de Montesquiou, 59 ans, est consultant et ancien dirigeant de banque et de magazine. C’est aussi un voyageur et lecteur enthousiaste. Son blog lui permet de faire partager son intérêt pour les situations, les informations, les technologies, ou les lectures qui révèlent des aspects insolites de notre monde et de son évolution.

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