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Mardi 15 septembre 2009

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La culture au bistrot : Internet bouleverse tous les savoirs

Google est à nouveau en train d'enfiévrer les rédactions. À juste titre, car ce qui est sur la table, c'est la possibilité - ou le risque - qu'une société privée, américaine de surcroît, procède sous nos yeux à la captation de toute la culture du monde, c'est-à-dire à la numérisation du contenu des principales bibliothèques de la planète. Y compris de notre sacramentelle Bibliothèque Nationale de France!

Sans esquiver ce débat, sur lequel il faudra bien sûr revenir, laissez-moi y ouvrir une incidente : le jour - imminent - où tous les savoirs du monde seront à portée de clavier (d'ordinateur ou de mobile), sera-t-il encore nécessaire d'aller user ses fonds de culotte et les plus belles années de sa vie dans une salle de classe ?

La réponse n'est pas bien évidente. Il faut une fois de plus se tourner vers l'ouest, le monde anglo-saxon, laboratoire de notre futur immédiat, pour distinguer quelques lambeaux de réponse. En Grande-Bretagne les enseignants du primaire s'étripent en effet sur cette question. Les modernistes disent qu'il est plus important d'enseigner aux internautes de demain, qui auront à leur disposition quelque chose d'incomparablement supérieur à ce que nous trouvons aujourd'hui derrière nos écrans, les techniques d'utilisation du Web : « Skills rather than facts ». Ce qui rappelle bien sûr le débat qui faisait rage jadis dans les préaux des écoles : plutôt que de s'épuiser les neurones sur le calcul mental, ne vaut-il mieux pas apprendre à maîtriser les calculettes électroniques ? Dans un récent débat, Olivier Postel-Vinay citait l'information selon laquelle une bonne maîtrise d'Internet augmentait considérablement la productivité des chercheurs français (lire aussi le post consacré à ce sujet). Shocking !

Et puis il y a les tenants de la culture générale, en gros les élitistes, ou bien les passéistes, comme on veut. Ceux-ci ont beau jeu de puiser dans leurs réservoirs d'anecdotes scolaires accablantes pour dénoncer la crétinisation ambiante, l'inculture massive et multiforme, la déréliction de l'orthographe etc. Rien de bien nouveau pourtant : il y a toujours eu des débats entre philosophes, grands prêtres, voire même dieux, sur les bénéfices/maléfices de l'écriture (voir Platon, le pharaon et le Dieu Thot, par exemple) ; et des enseignants pour recueillir les perles, les preuves cocasses de l'ineptie de la jeunesse (exemple : « la France a été libérée par le général Charles De Gaulle - Étoile »).

Mais comme toujours, pendant que les sages théorisent, le monde lui avance - même en France. Les SMS sont en train de bouleverser l'orthographe, alors que l'académie n'a pas dépassé la lettre P de son dictionnaire (« Pommette » - deux M, deux T). Google va rafler la mise pendant que l'on en est encore à discuter de la composition des commissions pour traiter des conséquences possibles de la numérisation. Et sur la question : culture générale contre habilité d'internaute ? Là encore, un embryon de réponse venu d'outre-Manche : les concours de connaissances, genre Slumdog Millionnaire,  sont là-bas en plein boom - y compris dans les bistrots, les pubs, où la culture est devenue désormais l’auxiliaire bienvenu du marché des spiritueux. Mais, à nouveau, surprise : bien souvent ces joutes enfiévrées et enfumées opposent deux équipes, l'une d'authentiques grosses têtes, l'autre de virtuoses de Google et du clavier, qui vont chercher les réponses non pas dans leur cerveau mais sur la toile, grâce à leur téléphone portable. Apparemment, les résultats sont bien partagés.

Commentaires
  • Et bien, Monsieur de Montesquiou, je partage pleinement votre avis. Ce jour, 285 députés ont osé. Je m'exprime différemment sur mon blog : http://bit.ly/3x3DXr Je suis cependant très étonné que ni ici ni ailleurs, les voix tonitruantes des défenseurs des auteurs, gardiens de nos mémoires ne fassent JAMAIS écho à la grande détresse que les puissants affligent à leurs "valets", ceux à qui ont créé les richesses, qui depuis des siècles, courbent l'échine et se satisfont de 1,60 euros quand un ouvrage se vend impérialement 26 euros. Mais qu'en pensez-vous, Monsieur de Montesquiou ? A quand une table ronde sur le droit d'auteur. La convention de Berne est bel et bien bafouée, en permanence. Que signifie cette mascarade. Qui va le défendre ? Madame Benhamou, chargée par le Ministère de la culture d'une étude sur le livre numérique ? M. Mitterrand, ministre de ce que vous savez ? QUI ? Aurez-vous le panache d'introduire cette table ronde ? Les auteurs vous en seraient reconnaissant, sans doute ? Vous avez le pouvoir : un média. Vous servira-t-il à ... servir une noble cause ???

    Rédigé par : Jean-Lou Bourgeon le 16/09/2009

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L'auteur de l'article

Jean-Louis de Montesquiou

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Jean Louis de Montesquiou, 59 ans, est consultant et ancien dirigeant de banque et de magazine. C’est aussi un voyageur et lecteur enthousiaste. Son blog lui permet de faire partager son intérêt pour les situations, les informations, les technologies, ou les lectures qui révèlent des aspects insolites de notre monde et de son évolution.

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