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Mercredi 01 avril 2009

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La gratuité n'est pas forcément mortelle

Internet a permis la propagation d'un virus autrement dangereux que ceux auxquels l'informatique nous a habitué : celui de la gratuité. C'est ce virus, qui a déjà manqué de tuer l'industrie musicale, qui frappe aujourd'hui la presse traditionnelle, presque mortellement atteinte ; et qui pourrait aussi bien demain décimer l'industrie du livre.
Alors, existe-t-il un antivirus ? L'industrie musicale a bien réussi à survivre tant bien que mal - comment a-t-elle fait ?
Comme toujours en médecine de pointe, les réponses sont en fait multiples, et il faut sans cesse reformuler le problème.
Évidemment, la parade numéro un c'est de reconditionner les patients pour les amener à adopter des comportements plus sains. Apple, avec iTunes - et peut-être maintenant Amazon avec le Kindle - semblent, sur le Net, être parvenus à soutirer de l'argent aux auditeurs/lecteurs accros à la gratuité. C'est le résultat d'une adroite politique du bâton (si vous téléchargez illégalement, aïe aïe aïe !) et de la carotte (si les créateurs ne sont plus rémunérés, il n'y aura plus de création). Ce modèle - le paiement au coup par coup de sommes modiques - est assez réaliste ; mais il suppose que les mécanismes de paiement sur Internet deviennent tellement fluides et faciles qu'ils en deviennent indolores. Ce n'est pas le cas avec les usines à gaz d'aujourd'hui.
À défaut, il faudra recourir à l'ultime méthode, celle préconisée par M.Swensen, de Yale : transformer les journaux qui le méritent en fondations philanthropiques !
Mais on peut aussi reformuler le problème, en postulant que la gratuité n'est pas aussi nocive que Sarkozy et Al le pensent. Le grand théoricien de cette nouvelle approche économique de la gratuité est une fois de plus Chris Anderson, l'auteur de La Longue Traîne. Dans un article fameux de Wired (1), il montre qu'il y a sur le Net de multiples formes de gratuité, que l'on peut astucieusement moduler pour produire des effets économiques sonnants et trébuchants - par exemple, le « freemium » : 99 % de visiteurs non payants, 1 % de visiteurs payants - mais qui payent assez pour couvrir les coûts des 99 % autres !
À la base du raisonnement, on trouve l'idée qu’Internet est devenu désormais une telle caisse de résonance que pour un créateur cela peut valoir le coup d'acquérir d'abord un public non payant, puis de monétiser, comme on dit, sa notoriété dans d'autres domaines : spectacles, conférences, ou produits dérivés de toutes sortes. C'est ce qu'on déjà fait dans leur domaine respectif des groupes musicaux comme Radiohead ou des auteurs à succès comme Paolo Coelho (inventeur de « l'auto piratage » promotionnel sur le Net). Et alors, bien sûr, pourquoi ne pas appliquer ce modèle à la presse ? Mais hélas, il va falloir reparler de Google…

(1)    « 0$00, Le Futur Du Business - février 2008 »

Commentaires
  • Sur les nouvelles formes de relations économiques induites par la généralisation d'internet, je me permets de vous indiquer un texte sur la Wikinomie écrit par Florence Devouard, ancienne présidente de la Wikimedia Foundation. Elle y décrit ces nouveaux processus économiques qui laissent une large place à la gratuité. Vous le trouverez à cette adresse : http://www.anthere.org/spip/spip.php?article29 J'ai également été surprise de l'analyse économique et politique du « phénomène » Wikipédia par François Bayrou sur France Info il y a quelques temps : http://www.dailymotion.com/video/k7hH4qKEbfKd4sXZwf (autour de la 16e minute) Cela montre qu'Internet, après avoir été une sorte d'immense supermarché mondial, est en train progressivement de mettre en place ses propres pratiques économiques. La presse y arrivera forcément.

    Rédigé par : Adrienne Alix le 02/04/2009

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L'auteur de l'article

Jean-Louis de Montesquiou

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Jean Louis de Montesquiou, 59 ans, est consultant et ancien dirigeant de banque et de magazine. C’est aussi un voyageur et lecteur enthousiaste. Son blog lui permet de faire partager son intérêt pour les situations, les informations, les technologies, ou les lectures qui révèlent des aspects insolites de notre monde et de son évolution.

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