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Lundi 26 juillet 2010

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L’anonymat sur Internet est-il vraiment souhaitable ?

Soucieux de protéger les citoyens de « la société de surveillance », le Parti pirate suédois a décidé de lancer un fournisseur d’accès garantissant à ses clients de surfer en tout anonymat.


Par delà sa faisabilité technique, ce projet pose la question, en apparence philosophique, mais au fond, économique, de l’intérêt de l’anonymat dans l’usage d’Internet. En effet, les deux principaux usages d’Internet sont la correspondance — la possibilité d’échanger en vue de transiger, commercialement ou non — et la publication. Or, ces deux activités requièrent l’identification des émetteurs.


Chacun comprend que la correspondance, et les transactions qu’elle induit, ne peuvent fonctionner que si chaque partie sait à qui elle a affaire. En Europe, il a fallu près d’un millénaire — entre le Ve et le XVe siècle — pour pouvoir figer dans l’écrit les accords entre individus : les systèmes d’Etat civil et d’authentification des actes sont, en fait, des institutions extrêmement sophistiquées. Jamais, sans elles, le commerce et l’industrie n’auraient pu se développer.


De même, la régulation des médias suppose une responsabilisation de l’émetteur : la société n’a aucun intérêt à laisser se propager des informations fausses, diffamatoires, criminogènes, dont l’effet est de polluer les informations utiles à sa bonne coordination. Seule la responsabilisation de la source, et donc son identification certaine, peut permettre de traiter ce problème sans censure centralisée. Comme le montre l’étude brillante de Robert Darnton*, la circulation des libelles anonymes a coïncidé, en France, tant sous l’Ancien Régime que sous la Révolution, avec des systèmes policiers et terroristes d’épurement de l’information. L’anonymat a destin lié avec la prison de la Bastille. Et plus près de nous (cf. la publication de conversations privées — non authentifiées — par des espions domestiques) avec le tribunal de Nanterre...


La société d’individus anonymes, et donc, sans responsabilité civile, est une utopie nouvelle. Sa contrepartie tacite est la régression sociale et la restriction des libertés.


* Robert Darnton, Le diable dans le bénitier. L’art de la calomnie en France, 1650 - 1800. Nrf Essais, Gallimard, 2010.

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L'auteur de l'article

Olivier Bomsel

obmedium.jpg Olivier Bomsel est économiste, spécialiste de l'économie des réseaux et des médias. Professeur et chercheur à Mines ParisTech (Ecole des mines de Paris), il est notamment l'auteur de Gratuit ! Du déploiement de l'économie numérique, (Folio, Gallimard, 2007). Son dernier ouvrage L'économie immatérielle. Industries et marchés d'expériences est sorti en février 2010 chez Gallimard.Olivier Bomsel tient sur le site de Books le blog Qui parle ? consacré à la façon dont les médias écrits s’adressent au public.

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