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Vendredi 09 janvier 2009

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Le vieux prof

Le Livre

1968. Le long chemin de la démocratie
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Essayiste et professeur de philosophie à l’université de Mexico (UNAM), Gilberto Guevara Niebla dirigeait le mouvement étudiant mexicain en 1968.

par Gilberto Guevara Niebla

Cal y arena

J'ai connu un vieux prof de philo, complètement, éperdument, absolument amoureux des livres. Il habitait dans un minuscule deux-pièces en dessous de Montmartre tellement encombré de bouquins sur les murs et sur le sol que pour aller d'une pièce à l'autre il fallait, comme dans un jeu de taquin, en enlever une pile pour poser son pied droit et la mettre à l'endroit libéré par le pied gauche. La littérature envahissait même ses toilettes, où un ingénieux dispositif diffusait en boucle une lecture de la dixième Méditation de Descartes. Il vivait avec sa microscopique retraite d'enseignant et consacrait tous les revenus des leçons particulières qu'il donnait à profusion à des achats somptuaires : une des premières éditions de Montaigne ou même un exemplaire original de l'Encyclopédie.
Mais malgré ces circonstances austères, le vieux célibataire vivait dans un état de joie perpétuelle, qu'il savait parfaitement communiquer, et même d'exaltation. Tous ses élèves savaient imiter son glapissement de plaisir quand il évoquait Descartes et la fameuse dixième Méditation savourée jusque dans les moments les plus intimes : « Formidaaaable ! La face nord de la pensée ! ». Mais les élèves - et leurs parents - recevaient bien le message : qu'avec un sandwich et une pile de livres on pouvait être plus heureux qu'aux Caraïbes avec un top model ; que la lecture - et sa soeur jumelle, la culture - pouvaient apporter des joies indicibles.
En même temps, le prof était sans illusions et ne comptait guère sur la seule lecture pour transformer le monde en une vallée de roses. Plus précisément, il répétait à l'envi « qu'il fallait se méfier de l'homme d'un seul livre ». Et c'est bien vrai que l'auteur, ou pire, le lecteur d'un livre unique, dans lequel toute la sagesse de l'univers est prétendument concentrée, peut se révéler à l'usage extrêmement dangereux. La liste des livres funestes inclut bien sûr des exemples irrécusables comme Mein Kampf ou le Petit Livre Rouge, mais ne s'arrête malheureusement pas là. On peut dire des textes, comme des plaisirs, que c'est leur diversité qui fait leur mérite. Cette diversité que Gutenberg a mise à notre portée, et que l'e-book ne fera que promouvoir encore.
Oui, même s'il peut parfois être néfaste, le livre est un bien infiniment précieux. Comme l'a exprimé Groucho Marx avec toute sa sagacité : « En dehors du chien, le livre est le meilleur ami de l'homme. Et à l'intérieur du chien, de toute façon il fait trop noir pour lire ! »

Commentaires
  • J'ai comme une vague idée de qui vous voulez parler. Une blogueuse anonyme qui vous veut du bien !

    Rédigé par : Claire le 14/01/2009

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L'auteur de l'article

Jean-Louis de Montesquiou

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Jean Louis de Montesquiou, 59 ans, est consultant et ancien dirigeant de banque et de magazine. C’est aussi un voyageur et lecteur enthousiaste. Son blog lui permet de faire partager son intérêt pour les situations, les informations, les technologies, ou les lectures qui révèlent des aspects insolites de notre monde et de son évolution.

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