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Mercredi 24 novembre 2010

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Les contradictions intellectuelles et sexuelles de Gandhi

Ahmedabad est une cité exagérément indienne - sa taille, sa pollution, son climat, sa confusion, ses violences interreligieuses, ses tremblements de terre… Mais c'est aussi un des haut-lieu du gandhisme, car c'est dans ce capharnaüm que le Mahatma a créé son premier et principal ashram indien, asile de paix qui surplombe la rivière Sâbarmati (de largeur évidemment superlative). Un endroit donc parfaitement approprié pour évoquer le souvenir de ce personnage lui aussi complexe et tourmenté, paradoxal et parfois même saugrenu – c'est-à-dire fort loin de l'image trompeuse et sommaire, mélange d'angélisme et d'exotisme sur fond d'estimable anticolonialisme, que l'Occident a gardé de lui. Quelques exemples.

On voit Gandhi comme l'expression même de l'Inde, le pays avec lequel il a vécu en symbiose et qu'il a contribué à créer. Mais en réalité Gandhi a étudié en Angleterre - ce qui lui a valu d'être définitivement exclu de sa caste – et vécu ses principales années de formation politique en Afrique du Sud. Il a avoué avoir échappé de peu au christianisme. Son hindouisme était d'ailleurs un curieux assemblage, hétéroclite et personnel, de rituels insolites (ne pas parler le lundi, filer du coton une demi-heure par jour, etc.). Et sa doctrine syncrétique formait un camaïeu de bouddhisme et d’hindouisme avec un peu d'islam – à l'image de sa fameuse prière encore ardemment psalmodiée aujourd'hui. Les hindous lui ont amèrement reproché sa lutte en faveur des intouchables et sa « faiblesse envers les musulmans », la cause même de son assassinat.

Philosophe, juriste, journaliste, agitateur politique, Gandhi se voulait aussi économiste. Mais ses idées n'étaient encore une fois guère orthodoxes, et s'appuyaient sur les écrits de John Ruskin. Plus connu comme esthète et critique d'art, ce penseur anglais professait une sorte d'idéalisme excentrique, et préconisait notamment le paiement d'un salaire fixe à chacun quelle que soit la qualité du travail fourni. Gandhi quant à lui ne jurait que par le tissage et l'autarcie villageoise, et voulait interdire l'apprentissage de l'anglais au profit de l’hindoustani, mélange d’urdu et d’hindi.

Mais c'est bien sûr dans le domaine sexuel - comme toujours - que les contradictions se révèlent le plus vivement. Marié à 15 ans, Gandhi était, malgré son physique d'ascète, son régime de famine, et sa suractivité politique, constamment tourmenté par le sexe – tourment dont il a fait son combat son principal combat personnel. Il a d'abord décrété – unilatéralement – la chasteté dans son couple (sa femme a néanmoins adopté l'idée  « avec enthousiasme » !), tout en entretenant avec des « compagnes secrètes » des relations tout sauf platoniques. Plus tard, dégoûté par lui-même, il a entrepris de se mettre à l'épreuve, en dormant chaque nuit entouré de jeunes filles nues. Il a connu quelques échecs, dont il a fait large aveu, au grand scandale de ses sectateurs.

Non, Gandhi n'était pas un benêt d'ange ! C'était quelqu'un qui tâtonnait vers le progrès à travers ses contradictions, et grâce à elles. En cela il était profondément homme – et profondément indien.

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L'auteur de l'article

Jean-Louis de Montesquiou

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Jean Louis de Montesquiou, 59 ans, est consultant et ancien dirigeant de banque et de magazine. C’est aussi un voyageur et lecteur enthousiaste. Son blog lui permet de faire partager son intérêt pour les situations, les informations, les technologies, ou les lectures qui révèlent des aspects insolites de notre monde et de son évolution.

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