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Vendredi 26 juin 2009

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Les jeunes vont-ils se crétiniser ?

Non, bien sûr ! Au contraire : le QI moyen progresse semble-t-il de dix à vingt points par génération (plus précisément : de deux à six points par décade - cela s'appelle le « Flynn effect » et les spécialistes s'arrachent les cheveux pour expliquer le phénomène).
Mieux encore : le futurologue américain Ray Kurzweil  explique dans un livre (1) - qui va bientôt devenir un film - que dès que l'on sera parvenu à complètement modéliser le cerveau humain, les capacités de celui-ci seront multipliées de façon exponentielle (compter quand même encore une bonne vingtaine d'années).   
Par contre ce qui est indéniable, c'est que la lecture est en chute libre chez les jeunes. Du moins la vraie lecture, la « lecture lente » pour reprendre l'expression de Robert Darnton (lire l'interview qu'il a accordée à Books) - la lecture qui n'est pas juste un apport rapide d'information, mais l'occasion de se confronter à une autre pensée, de l'absorber, de la savourer. Machiavel, raconte-t-on, quand il lisait un auteur, s'habillait comme lui, et lui mettait un couvert à sa table : car pour lui toute lecture était une rencontre empreinte de déférence.
Pour être honnête, la génération qui a engendré la fameuse « génération digitale » (« digital natives ») n’est pas non plus exemplaire sur le chapitre de la lecture. La lente érosion de la lecture-plaisir, on est tout sauf un phénomène nouveau. Chardonne et Céline (2) s'en lamentaient déjà. Et l'enquête publiée dans Books ce mois-ci confirme ce triste état de fait. Mais ce qui est indéniable c'est que la chute spectaculaire de la lecture qui est en train de se produire sous nos yeux entraîne une quantité d'effets collatéraux. Par exemple, le test qui aux États-Unis mesure « les aptitudes verbales » enregistre des scores de plus en plus calamiteux, au point qu'il serait question de le « recalibrer ».
En fait tout ceci est inéluctable. Plutôt que de s'en lamenter, il faut commencer par y regarder de plus près. L'humanité est en train de vivre la transition d'un « cerveau- lecteur » à cerveau de plus en plus digital », pour citer la spécialiste de la lecture Maryanne Wolf. Cette transition est tout à fait comparable à celle que nos ancêtres ont connue il y a 4000 ans, quand l'écriture a été découverte. Et, comme nous le savons bien, le reconditionnement de nos capacités cérébrales qui en a résulté a eu des effets « globalement positifs ». Il en sera certainement de même cette fois-ci encore - en tout cas, il faut s'en persuader.

(1) The singularity is near
(2) Entretiens avec le docteur Y
(3) Wall Street journal : « Jusqu'où peuvent-ils descendre ? » - Sue Shallenderger on SAT scores.

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L'auteur de l'article

Jean-Louis de Montesquiou

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Jean Louis de Montesquiou, 59 ans, est consultant et ancien dirigeant de banque et de magazine. C’est aussi un voyageur et lecteur enthousiaste. Son blog lui permet de faire partager son intérêt pour les situations, les informations, les technologies, ou les lectures qui révèlent des aspects insolites de notre monde et de son évolution.

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