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Lundi 29 mars 2010

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Les journaux relèvent la tête : ils commencent à parler d'eux

Le New York Times a commencé le 22 mars à diffuser quotidiennement sur son site Internet une vidéo de sa conférence de rédaction du jour.
 
Même si ces vidéos s’apparentent davantage à un spot publicitaire qu’à un making of du journal, elles sont révélatrices d’un besoin. L’idée est que ce que dit le New York Times relève d’une fabrication. Or, cette fabrication, jadis incarnée par les rotatives de Citizen Kane, a perdu ses contours. Avec l’effacement du papier ou, plus exactement, son débordement par l’écran, les blogs, les réseaux sociaux de tout poil, le principe d’une fabrique de l’information, d’une industrie de la presse porteuse d’une exigence adossée à une utilité sociale, s’est dissout dans la numérisation.

Dès lors, si les titres de presse — les marques éditoriales — veulent regagner leur prestige auprès des lecteurs, il leur faut par tous les moyens justifier leur utilité sociale. Et montrer que l’information qu’elles apportent est le produit d’une recherche, d’un tri, d’une mise en contexte, d’une hiérarchisation signifiante. Si le papier ne peut plus témoigner de l’usine, il faut, comme le font depuis longtemps, plantées dans leurs salles de rédaction, les chaînes d’info continue, trouver des représentations de l’industrie, des images de l’édition.

Les premières éditions de « TimesCast » (la vidéo du NY Times) sont encore indécises. Bien qu’officiellement, « chaque émission emmène l'internaute à l'intérieur de la salle de rédaction du New York Times et lui permet d'assister à la réunion consacrée à la "une" du lendemain ainsi qu'aux discussions entre chefs de service et rédacteurs sur les informations qu'ils sont en train de couvrir », l’émission hésite entre le faux making of et le journal parlé : des remakes de conférences ennuyeuses où des cadres à Power Point s’escriment à défendre leur message alternent avec des panoramiques de bureaux, des images d’actualité et des chroniques de reporters.

Mais ce n’est qu’un début, et très probablement, le sens du show et de la publicité des médias, combiné à la nécessité d’un message sur l’industrie de la presse, va créer autour de chaque titre en ligne, des contenus structurant l’identité de sa ligne éditoriale et la nature de sa prescription. Ces contenus seront aussi l’occasion de promouvoir les journalistes, de personnaliser des auteurs, d’inviter des personnalités médiatiques, afin d’en faire, à leur tour, des marques éditoriales. Car, comme l’annonce le Monde dans sa nouvelle offre combinée, seule des marques fortes peuvent justifier un paiement.

Les temps changent. Après s’être assourdie dans le brouhaha d’Internet, la presse relève la tête et parle d’une nouvelle voix.

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L'auteur de l'article

Olivier Bomsel

obmedium.jpg Olivier Bomsel est économiste, spécialiste de l'économie des réseaux et des médias. Professeur et chercheur à Mines ParisTech (Ecole des mines de Paris), il est notamment l'auteur de Gratuit ! Du déploiement de l'économie numérique, (Folio, Gallimard, 2007). Son dernier ouvrage L'économie immatérielle. Industries et marchés d'expériences est sorti en février 2010 chez Gallimard.Olivier Bomsel tient sur le site de Books le blog Qui parle ? consacré à la façon dont les médias écrits s’adressent au public.

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