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Mercredi 04 mars 2009

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Les malheurs de la presse aujourd'hui

Ce qui est en train d'arriver à la presse papier est probablement un bon indicateur des dégâts que « la tempête digitale » pourrait bientôt faire dans le secteur voisin, celui du livre. Ça vaut donc la peine d'aller y voir d'un peu plus près, même si le spectacle n'est pas très gai…
À commencer par les États-Unis - désormais aire de lancement de toutes les crises. Le groupe Tribune, qui possède entre autres le Los Angeles Times, est en faillite ; le Miami Herald, le San Diego Union, et bien d'autres publications majeures sont en vente - une vente difficile ; le New York Times a été extirpé de sa mauvaise passe financière par le milliardaire mexicain Carlos Slim…
Les analystes du secteur de la presse américaine - ils sont compétents, nombreux et ils n'ont pas la langue dans leur poche - ont commenté à tout va les malheurs du secteur. Écoutez James Surowiecki (1) : « Le lectorat des journaux américains décline doucement depuis des décennies - en pourcentage de la population, ils ont perdu la moitié de leurs abonnés en 40 ans ; mais Internet a fait exploser un pneu qui n'avait qu'une crevaison ! Les journaux ressemblent aux chemins de fer du début du XXe siècle : un excellent business complètement ravagé par l'arrivée d'une nouvelle technologie ».
Et comme aux États-Unis la principale manifestation d'un phénomène est toujours sa traduction boursière, voici ce que Vin Crosbie, un autre gourou, peut dire sur le sujet (2) : « autrefois le secteur de la presse était un chouchou des investisseurs… Mais avec le recul, plutôt que de placer en 2005 10 000 $ sur des grands journaux, il aurait mieux valu s'acheter à la place des barriques de bière : non seulement cela aurait rapporté au moins trois fois plus, mais vous auriez eu à boire pendant trois ans ! ».
Alors, plutôt que d'en rajouter à la morosité ambiante en déclinant la longue liste des publications en capilotade de par le monde, considérons juste cette proposition - très sérieuse - de deux responsables (3) de l'université de Yale aux  Etats-Unis. Ils suggèrent carrément de transformer les quotidiens nationaux majeurs « nécessaires à la démocratie » en fondations philanthropiques dotées d'un capital, plutôt que de les laisser s'obstiner dans des business models plus chétifs les uns que les autres. Tout est dit ! Du moins en ce qui concerne les grands titres nationaux.
La situation est plus nuancée - notamment en France - pour la presse quotidienne régionale et les magazines; et il y a aussi des pays, comme l'Angleterre, où la presse nationale parvient à se maintenir tant bien que mal (c'est-à-dire : déclin, mais moins prononcé qu'ailleurs). Il n'y a que dans les pays émergents que la presse reste franchement tonique. En Asie - où l'on trouve huit des dix principaux quotidiens mondiaux - la presse papier est encore en plein boum.

Notes

(1) The New Yorker,  22 décembre 2008
(2) Digital Delivrance, 20 octobre 2008
(3) David Swensen and Michael Schmidt, New York Times, 27 janvier 2009

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L'auteur de l'article

Jean-Louis de Montesquiou

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Jean Louis de Montesquiou, 59 ans, est consultant et ancien dirigeant de banque et de magazine. C’est aussi un voyageur et lecteur enthousiaste. Son blog lui permet de faire partager son intérêt pour les situations, les informations, les technologies, ou les lectures qui révèlent des aspects insolites de notre monde et de son évolution.

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