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Mardi 10 novembre 2009

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Livre numérique : les enjeux du « qui parle ».

Le livre survivra-t-il à Internet ? Google va-t-il, grâce à la numérisation des fonds, dominer durablement l’écrit ? Les « liseuses » numériques enterreront-elles bientôt les libraires ? Le débat sur le livre numérique est lancé. Il oppose d’un côté, les acteurs traditionnels du livre et de l’édition, et de l’autre, les monopoles mondiaux de l’économie numérique — Google, Amazon, Apple — grands bénéficiaires du déploiement des réseaux.

Pour aborder ce débat, il convient de faire deux remarques :

-    La prose de fiction, l’essai, la poésie sont des biens d’expérience — on ne les connaît qu’après les avoir lus — dont la consommation requiert une prescription, une caution éditoriale. Cette caution est traditionnellement apportée par les acteurs économiques de la filière : auteurs, éditeurs, libraires, bibliothécaires, investisseurs solidaires dans la structuration des lectorats, des marchés de lecteurs.

-    La distribution numérique fait surgir une nouvelle catégorie d’acteurs : les équipementiers, fabricants de terminaux. Lesquels doivent vendre au consommateur un investissement complémentaire à celui des contenus et compatible avec ceux-ci.

Le jeu économique ouvert par cette occurrence porte avant tout sur l’élément de structuration des marchés, autrement dit sur la faculté prescriptive, la caution éditoriale. C’est sur ce point que les acteurs traditionnels se trouvent frontalement attaqués. Non pas, comme on l’a dit, par le culte de l’amateur et le possible surgissement, hors des sas éditoriaux, de talents spontanément portés par l’Internet. Mais sur les règles historiques du cautionnement installant dans des collections hautement signifiantes, l’œuvre d’un auteur sublimée par le temps. Google Books est un concurrent direct de la Pléiade, du mode de prescription incarné par cette marque, des protocoles de labellisation induits, de leur apport économique à la librairie traditionnelle.

La bataille qui s’engage est une bataille de noms, de prescripteurs, de marques dont le repoussoir ultime est l’exemple de la musique, où le liseur et son disquaire en ligne, autrement dit l’expérience esthétique d’Apple, ont dépossédé artistes et labels de leur caution éditoriale. La difficile standardisation de l’expérience de la lecture tient, pour l’instant, le livre à l’abri d’une telle issue. Mais la bataille va durer. Et ceux qui veulent continuer à être entendus vont devoir parler haut et fort, ensemble.

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L'auteur de l'article

Olivier Bomsel

obmedium.jpg Olivier Bomsel est économiste, spécialiste de l'économie des réseaux et des médias. Professeur et chercheur à Mines ParisTech (Ecole des mines de Paris), il est notamment l'auteur de Gratuit ! Du déploiement de l'économie numérique, (Folio, Gallimard, 2007). Son dernier ouvrage L'économie immatérielle. Industries et marchés d'expériences est sorti en février 2010 chez Gallimard.Olivier Bomsel tient sur le site de Books le blog Qui parle ? consacré à la façon dont les médias écrits s’adressent au public.

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