L’université spectacle
Valérie Pécresse est, pour une part, en service commandé. On ne lui tiendra donc pas entière rigueur si sa réforme sonne creux et ses propos encore plus (le dernier en date, dont Le Monde fit un titre barrant une pleine page : « Faire de Paris une des plus belles métropoles universitaires du monde »). Néanmoins il ne faut pas s’y tromper : c’est une femme politique, conforme au profil requis par notre médiocratie.
L’université spectacle est au gouvernement et dans les amphis, dans les A.G. et les manifs, sur les ondes et dans les médias réputés les plus sérieux. Allez comprendre quoi que ce soit aux problèmes de fond de l’université française en lisant Le Monde ou Le Figaro. C’est un peu comme pour la taxe carbone, sauf que celle-ci fournit du moins l’excuse de la nouveauté.
Pour comprendre, lisez Books ! Lisez, en particulier, l’entretien que lui a accordé le Québecois Camille Limoges (mai 2009). Intitulé « L’autonomie universitaire n’est pas ce que croient les Français », il fournit pratiquement toutes les clés pour faire le diagnostic.
En deux mots : ce dont souffre l’université française, c’est de ne pas être une université. Ni au sens originel, ni au sens moderne du terme. A l’origine (XIIIe siècle), l’universitas est « le corps de maîtres qui enseigne les disciplines libérales et scientifiques et collationne les grades » (Robert). Aujourd’hui en France, l’université est un organe de l’Etat, un énorme appendice de l’univers bureaucratique public. Une université moderne, elle, a toute liberté pour gérer ses affaires, choisir ses étudiants, et recruter, promouvoir et remercier ses enseignants, ses chercheurs, ses techniciens et ses gestionnaires. Laquelle liberté s’exerce, le plus souvent, au niveau des responsables du département de la discipline concernée. L’antithèse de l’université française, voyez-vous ?
Ce que je dis là, beaucoup l’ont dit et répété ces dernières décennies. A gauche et à droite. Mais rien ne change. Dans un ou deux articles publiés avant son élection, Sarkozy avait fait croire qu’il avait compris et se mettrait à la tâche une fois élu. Nenni. Il faudra donc attendre la relève. Mais quelle relève ? Pas un homme politique en vue ne donne le sentiment d’avoir engagé le début d’une réflexion sur le sujet. Comme la situation n’est guère plus brillante du côté des médias, le statu quo est garanti. A moins, justement, que les jeunes, votant avec leurs pieds, finissent par déserter l’université pour de bon. La nature ayant horreur du vide, des solutions surgiront peut-être alors, comme naturellement.
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