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Mercredi 31 décembre 2008

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Ne tirez pas sur le pianiste !

Le Livre

1968. Le long chemin de la démocratie
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Essayiste et professeur de philosophie à l’université de Mexico (UNAM), Gilberto Guevara Niebla dirigeait le mouvement étudiant mexicain en 1968.

par Gilberto Guevara Niebla

Cal y arena

Le sort du livre papier et du livre électronique paraissent liés : ne sont-ils pas tous deux les victimes désignées de la grande déroute de l'écrit - car déroute il y a !
Quelques chiffres tout d'abord : 63 % des Français achètent au moins un livre par an. Magnifique ! En tout cas, c'est beaucoup mieux qu'aux États-Unis, où, selon Steve Jobs « La lecture n'intéresse plus personne ».
Le problème, c'est qu'il y a de moins en moins de « grands lecteurs » (ceux qui lisent plus de 25 livres par an) : ils sont passés en dessous de 15 %, contre plus de 25 % il y a 30 ans. Et, sans surprise, la part de marché de la littérature générale accompagne ce déclin : elle ne représenterait plus aujourd'hui, même dans sa définition la plus large, que 20 % du total des publications.
À vrai dire le phénomène n'est pas nouveau, et de Valéry à Sartre en passant par Céline, on a souvent entendu ce lamento. La réponse des milieux éditoriaux a été de multiplier les publications, comme les pêcheurs qui tentent de compenser la disparition du poisson par l'agrandissement des filets. Ce qu'a exprimé brillamment Jérôme Lindon : « l’édition est le seul secteur de l’économie qui réponde à une baisse de la demande par une hausse de l’offre ».
Ce qui est nouveau par contre, c'est l'impact possible du livre électronique, qui, loin d'être entraîné dans cette chute de la lecture, pourrait peut-être contribuer à en enrayer le déclin - même si au passage il portait un coup fatal aux maillons faibles de la chaîne éditoriale : les petits éditeurs, et surtout les petits libraires ? Voici au moins trois raisons :


1 - Internet est en train de bouleverser la donne économique pour les biens culturels, notamment parce qu'il permet de substituer les micro-choix des individus (qui vont chercher ce qu'ils veulent écouter, regarder ou lire dans les recoins du net) aux traditionnelles présélections des « industriels », qui choisissent pour nous ce qui nous sera présenté. Et le livre électronique, qui vit en symbiose avec Internet, est un outil impeccable pour profiter de cette évolution.


2 - Une des causes les plus évidentes du déclin de la lecture chez les jeunes est leur préférence absolue pour l'écran, et ce que l'on trouve dessus. Or le livre électronique n'est-il pas un écran ? Grâce à lui, peut-être l'écrit réussira-t-il un saut de génération et survivra à la disparition des baby-boomers…


3 – Enfin, même si l'écrit ne parvenait pas à opérer ce miraculeux rétablissement, même si l'image, après une parenthèse de quelques siècles, reprenait enfin son monopole ancestral sur nos cerveaux, les multiples fonctionnalités du livre électronique, sa capacité à entremêler mots sons et caractères, permettraient peut-être à la lecture de faire une sorte de retour clandestin.

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L'auteur de l'article

Jean-Louis de Montesquiou

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Jean Louis de Montesquiou, 59 ans, est consultant et ancien dirigeant de banque et de magazine. C’est aussi un voyageur et lecteur enthousiaste. Son blog lui permet de faire partager son intérêt pour les situations, les informations, les technologies, ou les lectures qui révèlent des aspects insolites de notre monde et de son évolution.

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