Blog

Mardi 01 septembre 2009

Imprimer cet article Envoyer cet article à un ami Partager cet article sur Twitter Partager cet article sur Facebook

Parasite, le Web ?

Témoignant récemment devant le Sénat américain sur l’avenir du journalisme, David Simon, ancien reporter et auteur de la série TV The Wire (Sur écoute) a lâché : « Le parasite est en train de tuer son hôte ». Le parasite, ce sont les sites d’information et les blogs. L’hôte, ce sont les journaux. L’idée que le Web parasite la presse au point de menacer sa survie fait l’objet d’un débat de plus en plus musclé. En dépit du livre de Bernard Poulet sur la « fin des journaux », le débat est nettement plus avancé  dans les pays anglo-saxons qu’en France, où la mort lente de la presse de qualité est regardée avec la lâche indifférence que l’on éprouve face à une évolution jugée inéluctable. (1)
A l’origine, le mot « parasite » désigne celui qui mange à la table d’autrui, en échange de services plus ou moins illusoires. Il a ensuite été appliqué aux plantes qui sucent la sève d’autres plantes, comme le lierre, jusqu’à les étouffer, puis à tous les êtres vivants qui croissent et se multiplient aux dépens d’autres êtres vivants. Le virus du sida est un parasite.
Contrairement à ce qui se passe dans la nature, ce sont les journaux eux-mêmes, cédant à l’effet de mode créé par les nouvelles technologies de l’Internet , qui ont d’abord créé leurs propres parasites, offrant leur contenu plus ou moins gracieusement sur un site Web bâti à grands frais. Après quoi les sites d’information autonomes se sont mis à pulluler, suçant la sève des journaux, qui continuent à supporter le gros des coûts de recherche d’information. Internet jouant par ailleurs le rôle de pompe aspirante pour les recettes publicitaires, la plupart des journaux se retrouvent étranglés. Aux Etats-Unis, la presse écrite a licencié plus de 26 000 personnes depuis janvier 2008. Les frais de reportage sont en chute libre, les bureaux à l’étranger ferment en cascade. En France, les grands quotidiens, amaigris et appauvris,  ne survivent que grâce aux aides publiques. A quoi sert d’acheter un journal, entend-on couramment, puisque l’essentiel de l’information est disponible sur le Net ? L’idée que la fin des journaux sciera la branche sur laquelle la plupart des sites d’information sont assis ne semble pas avoir encore pénétré les esprits.
Le camp des optimistes (Steven Johnson, Michael Massing...) a fourbi toute une palette d’arguments. Certains relèvent de la pétition de principe : la déploration est le fait des vieux cons, l’invention de l’imprimerie n’a pas empêché le progrès de la culture, et ainsi de suite. D’autres, plus intéressants, reposent sur une analyse comparée de la qualité et de la diversité de l’information produite par la presse écrite et le Web. Ils font valoir l’émergence d’une nouvelle économie de l’information, dans laquelle une presse écrite repensée de fond en comble conservera une place au soleil. Pour filer la métaphore biologique, le parasite se révélerait in fine favorable à son hôte - ce qui se produit parfois dans la nature.
J’aurai l’occasion de revenir sur ce sujet, central pour le devenir de la res publica.

(1) Bernard Poulet, La Fin des journaux et l'avenir de l'information, Gallimard, 2009.

Commentaires

Tous les Blogs

Le Blog de Books

Tous les blogs

L'auteur de l'article

Olivier Postel-Vinay

opv.jpg

Olivier Postel-Vinay est le fondateur et le directeur de la rédaction de Books.  Il a, entre autres, publié Le Taon dans la cité, actualité de Socrate (Descartes & Cie, 1994).

De cet auteur

Le planisphère de Books

Articles, livres et auteurs par pays