Parasite, le Web ?
A l’origine, le mot « parasite » désigne celui qui mange à la table d’autrui, en échange de services plus ou moins illusoires. Il a ensuite été appliqué aux plantes qui sucent la sève d’autres plantes, comme le lierre, jusqu’à les étouffer, puis à tous les êtres vivants qui croissent et se multiplient aux dépens d’autres êtres vivants. Le virus du sida est un parasite.
Contrairement à ce qui se passe dans la nature, ce sont les journaux eux-mêmes, cédant à l’effet de mode créé par les nouvelles technologies de l’Internet , qui ont d’abord créé leurs propres parasites, offrant leur contenu plus ou moins gracieusement sur un site Web bâti à grands frais. Après quoi les sites d’information autonomes se sont mis à pulluler, suçant la sève des journaux, qui continuent à supporter le gros des coûts de recherche d’information. Internet jouant par ailleurs le rôle de pompe aspirante pour les recettes publicitaires, la plupart des journaux se retrouvent étranglés. Aux Etats-Unis, la presse écrite a licencié plus de 26 000 personnes depuis janvier 2008. Les frais de reportage sont en chute libre, les bureaux à l’étranger ferment en cascade. En France, les grands quotidiens, amaigris et appauvris, ne survivent que grâce aux aides publiques. A quoi sert d’acheter un journal, entend-on couramment, puisque l’essentiel de l’information est disponible sur le Net ? L’idée que la fin des journaux sciera la branche sur laquelle la plupart des sites d’information sont assis ne semble pas avoir encore pénétré les esprits.
Le camp des optimistes (Steven Johnson, Michael Massing...) a fourbi toute une palette d’arguments. Certains relèvent de la pétition de principe : la déploration est le fait des vieux cons, l’invention de l’imprimerie n’a pas empêché le progrès de la culture, et ainsi de suite. D’autres, plus intéressants, reposent sur une analyse comparée de la qualité et de la diversité de l’information produite par la presse écrite et le Web. Ils font valoir l’émergence d’une nouvelle économie de l’information, dans laquelle une presse écrite repensée de fond en comble conservera une place au soleil. Pour filer la métaphore biologique, le parasite se révélerait in fine favorable à son hôte - ce qui se produit parfois dans la nature.
J’aurai l’occasion de revenir sur ce sujet, central pour le devenir de la res publica.
(1) Bernard Poulet, La Fin des journaux et l'avenir de l'information, Gallimard, 2009.
Commentaires
-
Identifiez vous pour pouvoir laisser un commentaire. Saisissez vos identifiants dans l'espace abonné ou inscrivez-vous en un clic



























