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Lundi 12 janvier 2009

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Pavillon en berne

Le Livre

1968. Le long chemin de la démocratie
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Essayiste et professeur de philosophie à l’université de Mexico (UNAM), Gilberto Guevara Niebla dirigeait le mouvement étudiant mexicain en 1968.

par Gilberto Guevara Niebla

Cal y arena

Le New York Times, confronté à une baisse catastrophique de ses recettes publicitaires, a ouvert lundi matin 5 janvier, pour la première fois, sa « Une » à une annonce commerciale.
Brisant le tabou qui consistait à réserver la première page exclusivement à des informations pures, le prestigieux quotidien publie en bas de page un bandeau de couleur acheté par la chaîne de télévision CBS.

« Cet emplacement, dont l'impact est très élevé, représente pour nos annonceurs une nouvelle occasion d'atteindre nos lecteurs cultivés, influents et aisés à travers le pays », déclare dans un communiqué Denise Warren, vice-présidente chargée de la publicité.
Source: SDA/ATS
 
On peut voir dans cette annonce l’extension banale du modèle publicitaire induit par la prolifération des médias. Mais ce mouvement, qui s’ajoute au recrutement de Bono (le chanteur de U2) en tant que chroniqueur, traduit une rupture plus profonde dans la stratégie du label.
 
Naguère valorisé par sa capacité à sélectionner, identifier, signaler, présenter un contenu rédactionnel prestigieux, le New York Times était une marque de luxe. Sa puissance, plus exactement son « autorité », était telle qu’elle faisait rois ses chroniqueurs, ne concédant à quiconque l’honneur de communiquer à son compte, de parler pour lui-même sous le logo du journal.
 
L’édition du week-end du mot-croisés géant, le must des cruciverbistes, engendrait les plus forts pics de trafic de Google : les lecteurs se ruaient sur le moteur en quête d’indices. Ces mots-croisés sont d’ailleurs systématiquement réédités en collections spéciales. Cependant, le lectorat vieillit. Pis, Internet le dévoie. Et c’est Google qui, désormais, siphonne de mille façons la manne publicitaire.
 
Au delà de la concurrence publicitaire dans la récession américaine, le sacrifice de la « Une » du New York Times a une portée symbolique. Il témoigne de l’érosion des labels éditoriaux, jadis considérés comme des institutions de la connaissance et de la communication. Le mots-croisés, comme le reste des articles du journal, étaient des produits exclusifs, du signifiant marqué. A l’ère du numérique, la concurrence médiatique disperse les publics vers des marques innombrables. La bannière colorée de CBS flottant à la « Une » du quotidien signe la fin d’une époque : celle où l’éditeur seul décidait de qui parle, où lui seul octroyait la sacro-sainte « autorisation ».

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L'auteur de l'article

Olivier Bomsel

obmedium.jpg Olivier Bomsel est économiste, spécialiste de l'économie des réseaux et des médias. Professeur et chercheur à Mines ParisTech (Ecole des mines de Paris), il est notamment l'auteur de Gratuit ! Du déploiement de l'économie numérique, (Folio, Gallimard, 2007). Son dernier ouvrage L'économie immatérielle. Industries et marchés d'expériences est sorti en février 2010 chez Gallimard.Olivier Bomsel tient sur le site de Books le blog Qui parle ? consacré à la façon dont les médias écrits s’adressent au public.

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