Que peut-on mettre dans son e-book, quand on est français ?
Le plus remarquable de tous ces objets était sans conteste le BLIO de Ray Kurzweil, le techno-gourou américain dont j'ai déjà parlé (c'est lui qui se fait télétransporter en 3D dans des conférences où il explique comment nous pourrons bientôt vivre bien au-delà de 100 ans). L'invention de Kurzweil est remarquable parce qu'il ne s'agit pas d'un objet, et qu'elle n'est pas à vendre : c'est une plate-forme informatique d'acquisition de textes et d'images (en 3D, bien sûr), qui donnera bientôt accès à 1 million d'ouvrages, gratuitement. Les ouvrages seront stockés sur une bibliothèque virtuelle accessible à partir de n'importe quel support, du PC à l'iPhone ; on pourra même en écouter la lecture plutôt que de les lire soi-même.
Vu sous cet éclairage, le happening franco-français à propos de Google et de la numérisation du fonds de nos bibliothèques prend une teinte différente : celle du sépia des siècles derniers, voire des ténèbres des grottes préhistoriques. Car maintenant que les supports numériques existent, le texte va faire son retour en force, et la facilité d'y accéder sera la clé de sa diffusion. Et qui dit texte, dit langue, culture, et tout ce qui s'ensuit. Alors, trouvera-t-on tout ce qu'on voudra comme textes français dans le monde électronique ? Pas vraiment, ou du moins pas encore.
Prenez mon modeste cas. Je suis un fanatique des livres, dont je possède une large quantité. Et ce sont bien les miens (à la différence d'Anatole France, dont la bibliothèque, disait-il, ne refermait que des livres prêtés) ; et je les ai tous plus ou moins lus (à la différence de...).
Or voici que je pars pour 15 jours en Afrique, où les soirées sont longues et vides, au contraire de ma valise, qui est, elle, minuscule et archipleine. Solution évidente : emporter mon e-book (un Cybook très commode, quoiqu'un peu daté, de la taille d'un livre de poche, mais qui peut renfermer des centaines d'ouvrages).
Oui mais précisément, quels ouvrages vais-je pouvoir enfourner dans mon e-book ?
J'ai voulu faire le plein, en commençant par la FNAC (la FNAC numérique, le partenariat avec Hachette - Numilog et Sony). Déception : choix de livres très limité, prix élevé (voisin du livre papier), et pour finir, format incompatible apparemment avec mon appareil (il semble qu'on peut contourner cet obstacle, mais c'est une véritable usine à gaz). Je me suis alors rabattu sur Amazon - sans guère plus de succès (pratiquement pas de livres électroniques en français, et il faut utiliser leur propre e-book, le Kindle). J'ai trouvé finalement quelque textes en français, gratuits qui plus est, sur quelques sites philanthropiques, ou du moins philo-culturels comme : ebooksgratuits.com, ou surtout Gallica, l'excellent site de la BNF, qui a clairement compris d'où soufflait le vent.
Au final, je m'envole donc sans la moindre publication française récente dans ma valise ; mais j'emporte cependant dans ma boîte magique Plutarque, Montaigne, et même La Princesse de Clèves en version PDF. Le retard de la techno structure française aura-t-il ainsi le curieux effet positif d'inciter les globe-trotters encombrés à relire leurs classiques ? Que les percées technologiques promeuvent le retour sur le passé, voilà encore un paradoxe bien français.
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