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Jeudi 29 octobre 2009

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Suicides

« On se donne beaucoup, dans ce pays-là [à Genève] le passe-temps de se tuer », notait l’inépuisable Voltaire. Que le suicide puisse apparaître parfois comme un phénomène collectif n’est pas une nouveauté. La notion d’ “épidémie de suicides” est familière aux psychologues. Sans qu’on comprenne bien pourquoi, ici ou là, le suicide se propage. Des cas récents ont été identifiés : dans la police américaine, dans un hôpital psychiatrique en Finlande, dans la population générale en Lituanie et au Japon... Ce n’est pas propre aux sociétés développées : une épidémie a été étudiée en 1970 dans une bourgade de Micronésie.
Cette forme de passage à l’extrême relève des phénomènes de « polarisation de groupe » décrits par le juriste américain Cass Sunstein dans son livre Going to the extremes. Qu’il s’agisse de porter un jugement ou de passer à l’acte (du vote à la violence), le processus est le même : l’appartenance à un groupe d’individus qui pensent de la même manière produit un durcissement des positions et des comportements. Contrairement aux apparences, il y a donc une parenté entre le suicide « épidémique » et le suicide commandé dans le cadre d’une action terroriste.
L’épidémie de suicides à France Télécom peut être vue autrement. The Economist faisait récemment observer que le taux de suicide dans cette entreprise de cent mille personnes est comparable au taux de suicide dans la population française : ni plus ni moins. De ce point de vue, il n’y a pas même d’épidémie, mais un effet de loupe dû à l’hystérie mise en œuvre par les moyens de communication.
L’un n’exclut pas forcément l’autre, cependant, car il n’est pas impossible que la France soit aux prises avec une épidémie de suicides dans la population générale. Le taux de suicide a beaucoup augmenté ces dernières années, plaçant notre pays en troisième position selon l’OCDE, derrière le Japon et la Finlande. A vrai dire, il se pourrait que cette épidémie s’inscrive dans un cadre encore plus vaste. Le taux de suicide a en effet fortement augmenté ces dernières décennies dans le monde. Selon l’OMS, un million de personnes se donnent la mort chaque année. Le suicide fait donc plus de victimes que la guerre et les homicides réunis. A quoi est-ce dû ?
A propos d’homicide, relevons qu’avant les années 1730, le mot suicide n’existait pas. On parlait d’ “homicide de soi”. Nul ne sait par qui le mot a été forgé, curieux barbarisme formé à partir du génitif du pronom latin “se” (soi) et du verbe “cædere” (tuer). Une fois créé, le mot s’est répandu comme une épidémie.

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L'auteur de l'article

Olivier Postel-Vinay

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Olivier Postel-Vinay est le fondateur et le directeur de la rédaction de Books.  Il a, entre autres, publié Le Taon dans la cité, actualité de Socrate (Descartes & Cie, 1994).

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