Y'a de la joie !
Le Livre
Je rebondis sur le commentaire sagace d'une lectrice de mon dernier post :
« Alors réjouissez-vous, toutes les activités tournant autour de la critique littéraire, de l'aide au lecteur perdu dans la jungle, bref du conseil, devraient progresser : éclatement de l'offre, baisse du "dirigisme" culturel, forcément le lecteur aura besoin de guides et d'aide pour s'y retrouver, sous peine d'être asphyxié par l'afflux incontrôlé / incontrôlable de livres. »
Oui, on peut effectivement trouver matière à se réjouir - cela dépend de quel côté du comptoir, ou du bureau, l'on se trouve. Pour le vendeur/éditeur (autrefois, le « libraire » réunissait les deux fonctions), il va y avoir de la remise en cause. Le modèle économique « dirigiste », incarné par le comité de lecture qui sélectionne en amont ce que le lecteur se verra offrir dans les rayons, a peut-être du plomb dans l'aile. Voir l'essor lent mais sûr des «e-publishers », Lulu.com et autres…
L’utilisateur, par contre, va bientôt bénéficier d'un choix quasiment illimité de lecture : tout le contenu des grandes bibliothèques, via Google, Europeana, Gallica, etc ; plus tous les livres déjà disponibles moyennant finances sur Amazon (via le Kindle), la FNAC (via le Sony Reader), Mobipocket (via - entre autres - le Cybook) ; plus les textes gratuits ; plus les blogs ; sans compter - j'allais l’oublier - la presse, payante, offerte, ou même piratée... Ce qui menace en fait le lecteur, et probablement l'angoisse, c'est un ensevelissement sous l'écrit, sous le déferlement des mots et des idées : la redoutable « data constipation » des Anglo-Saxons.
Donc il faut bien de l'aide pour trouver son chemin dans cette jungle anarchique et foisonnante, un explorateur, un guide, n'importe quoi. Heureusement, le poison de l'électronique a suscité son propre antidote : derrière l'écran où s'accumulent ces millions de textes on trouve aussi des instruments pour les trier et les canaliser. Et pour commencer bien sûr des revues comme Books, ou à défaut d'autres publications - numériques ou non - qui permettent d'éclaircir le paysage. Ou encore les blogs et les forums littéraires - il y en a plusieurs centaines en France - qui regroupent les lecteurs pas affinités ou par spécialités, et leur prodiguent des conseils pertinents et gratuits. La critique - et peu importe comment on la définit - a encore de beaux jours devant elle.
Et l'éditeur ? C'est peut-être le candidat numéro un au court-circuitage numérique - ex aequo avec le libraire. À moins qu'il ne parvienne à récupérer pleinement sa fonction sacerdotale d’accoucheur de textes. Mais lisez le magnifique petit récit de Jean Échenoz sur Jérôme Lindon (Les Éditions de Minuit), et vous comprendrez comment un éditeur peut-être infiniment plus qu'un vendeur de livres.
Commentaires
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Il est certain que l'éditeur a de quoi se faire des cheveux blancs. Tout comme il est clair qu'il est normalement bien autre chose qu'un vendeur de livres (et le libraire de même). En fait, j'ai un peu de mal à envisager l'avenir des gros éditeurs, à part comme agents littéraires et (vous me passerez l'expression) « publicitaires ». C'est-à-dire qu'ils garderaient la puissance de frappe nécessaire pour lancer un livre, un auteur, en jouant sur leur réputation, leur réseau, leurs entrées dans les médias. En ce qui concerne la « fonction sacerdotale d'accoucheur de textes », pour ma part elle est morte depuis longtemps, à part chez quelques éditeurs très particuliers et plus « confidentiels ». Je ne sais pas si c'est bien, ou mal, ou autre chose, mais jamais je n'achète un livre parce qu'il est édité par untel ou untel. Au mieux j'aurai un préjugé favorable ou défavorable. Je me laisse bien davantage guider par la critique littéraire, dans des journaux, des blogs, ou même simplement par le bouche à oreilles. Ou alors je vais voir mon libraire et je le laisse m'embarquer dans un voyage au milieu des rayonnages, qui me fera ressortir avec un livre (forcément), mais pas forcément celui que je pensais acheter ;-)