Christopher Brooke : « Cesser de mettre le travail au centre de tout »

Christopher Brooke : « Cesser de mettre le travail au centre de tout »

Verser à tous un revenu garanti permet de moins dépendre de l’activité rémunérée, estime le politologue Christopher Brooke. Ce qui va à l’encontre des intérêts fondamentaux du contrat social imaginé par Rousseau.

Publié dans le magazine Books, mai / juin 2017.

© Ann Summa / The New York Times / Redux / Rea

Surfeurs à Malibu, en Californie. À en croire certains de ses opposants, le revenu universel reviendrait à financer des oisifs qui ne contribuent en rien à la société.

  Christopher Brooke enseigne l’histoire de la pensée politique à l’université de Cambridge. Il a notamment publié Philosophic Pride: Stoicism and Political Thought from Lipsius to Rousseau (Princeton University Press, 2012) et a contribué à l’ouvrage The General Will: the Evolution of a Concept (Cambridge University Press, 2015).   Dans son manifeste Justice agraire (1), adressé au Directoire en 1797, Thomas Paine proposait qu’un pécule soit versé à tout citoyen atteignant sa majorité. Il précisait : « Il est proposé que les paiements […] soient faits à chaque personne, riche ou pauvre. Il est mieux de faire ainsi, pour empêcher d’odieuses distinctions. » Entendait-il définir un nouveau droit de l’homme ? Je ne pense pas que Paine définissait un nouveau droit de l’homme mais plutôt qu’il exploitait une idée beaucoup plus ancienne. La Bible dit : « Les cieux sont à l’Eternel mais il a donné la terre aux enfants des hommes » (Psaumes 115, 16), et on interprète souvent ce verset comme signifiant que Dieu a donné la terre à l’humanité tout entière pour qu’elle la gère en commun. On peut bien sûr utiliser une pensée de ce genre pour rejeter la notion de propriété privée. Mais ce n’est pas ce que fait Paine : il fait valoir que nul ne doit vivre dans de pires conditions dans un monde de propriété privée que si nous avions à vivre dans la condition naturelle, en bénéficiant de notre part de l’héritage commun de l’humanité. Il définit donc moins un nouveau droit qu’il ne propose une politique qui, dit-il, se substituera à « l’héritage naturel » qui nous revient de…

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