Economie

Mardi 29 mars 2011

Numéro 21

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300 milliards de poudre aux yeux

Les fabricants de cosmétiques sont des magiciens. Ils parviennent à vendre à prix d’or des produits qui promettent séduction, jeunesse et beauté. Vaines promesses mais vrai business. Jadis réservés aux nobles, aux acteurs et aux prostituées, ces mélanges d’eau, d’huiles, de colorants et de parfums ont conquis les masses à grand renfort de publicité. Qui y trouve à redire ?

Le Livre

La beauté imaginée. Histoire de l’industrie mondiale de la beauté
beauty imagined - a history of the global beauty industry
Geoffrey G. Jones est professeur d’histoire de l’entreprise à la Harvard Business School. D’abord spécialiste des grandes banques britanniques, il a étendu son champ de recherche aux multinationales en mettant l’accent sur les géants de la consommation. Il a notamment publié Renewing Unilever (« Le renouveau d’Unilever »), Oxford University Press, 2005.

par Geoffrey G. Jones

Oxford

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Ma grand-mère Elsie ne supportait pas de regarder les photos de Lady Di. Elle estimait que ce joli visage était gâté par l’épais trait de khôl soulignant les yeux de la princesse. Fait plus bizarre, ce khôl était parfois bleu. Pour Elsie, c’était une forme d’automutilation : « Pourquoi se sent-elle obligée de faire ça ? », demandait-elle, réellement intriguée. Ma grand-mère était née en 1908, deux ans après Madeleine Carroll, l’héroïne blonde du film Les 39 Marches, qu’elle avait vaguement connue avant sa célébrité. L’actrice se maquillait seulement au-dessus des yeux, ce que ma grand-mère approuvait. Jusqu’au bout (elle est morte en 2003, à 94 ans), la référence d’Elsie en matière de beauté féminine resta Margaret Lockwood, autre star hitchcockienne (excellente dans Une femme disparaît), dont les paupières supérieures étaient rehaussées de fard noir et de mascara, mais dont les paupières inférieures restaient vierges de tout maquillage. Il y a belle lurette qu’Elsie ne mettait plus son regard en valeur. Néanmoins, lorsqu’elle jugeait les autres, elle s’accrochait aux règles d’antan : paupière supérieure, bien ; paupière inférieure, mal.

 

Nos idées sur l’allure et l’hygiène personnelle sont si farouchement conservatrices que l’essor planétaire de l’industrie de la beaut (...)

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Bibliographie

Alain Corbin, Le Miasme et la Jonquille. L’odorat et l’imaginaire social aux XVIIIe et XIXe siècles, Flammarion, 2008. L’intolérance envers les odeurs et l’invention du parfum, racontés par l’un des plus grands historiens des sensibilités.

 
Umberto Eco, L’Histoire de la beauté, Flammarion, 2010. Une exploration des multiples facettes de l’esthétique par le célèbre sémiologue italien à travers les plus grandes œuvres occidentales.
 
Catherine Lanoë, La Poudre et le Fard. Une histoire des cosmétiques de la Renaissance aux Lumières, Champ Vallon, 2008. Une histoire à la fois sociale, culturelle et technique des produits de beauté.
 
Georges Vigarello, Histoire de la beauté. Le corps et l’art d’embellir de la Renaissance à nos jours, Seuil, coll. « Points », 2007. Le livre de référence sur l’évolution des canons de la beauté.
Sources de l'article

London Review of Books

Ce bimensuel britannique a été créé en 1979. La LRB fut dans ses six premiers mois d’existence un supplément de la prestigieuse New York review of Books. Mais, depuis mai 1980, elle vole de ses propres ailes. Sa diffusion atteint 45 000 exemplaires.

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L'auteur de l'article

Bee Wilson

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Historienne des idées, spécialiste de l’histoire de la cuisine (elle fut longtemps la critique culinaire du New Statesman), Bee Wilson collabore régulièrement au Times Literary Supplement, à la New York Review of Books ainsi qu’à la London Review of Books. Elle tient désormais sa chronique « L’intellectuelle de cuisine » dans le Sunday Telegraph. Elle a récemment publié Swindled. From Poison Sweets To Counterfeit Coffee – The Dark History Of The Food Cheats (« Floués. Des bonbons poison au café frelaté – La sombre histoire des fraudes alimentaires »), John Murray, 2008. Elle collabore régulièrement à la London Review of Books et prépare actuellement un ouvrage sur le sandwich.

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