300 milliards de poudre aux yeux
Les fabricants de cosmétiques sont des magiciens. Ils parviennent à vendre à prix d’or des produits qui promettent séduction, jeunesse et beauté. Vaines promesses mais vrai business. Jadis réservés aux nobles, aux acteurs et aux prostituées, ces mélanges d’eau, d’huiles, de colorants et de parfums ont conquis les masses à grand renfort de publicité. Qui y trouve à redire ?
Le Livre
La beauté imaginée. Histoire de l’industrie mondiale de la beauté
Oxford
© Fico/Picturetank
Pourquoi les consommateurs paient-ils aussi cher des produits dont les ingrédients ne représentent qu’une faible proportion du prix de vente??
Ma grand-mère Elsie ne supportait pas de regarder les photos de Lady Di. Elle estimait que ce joli visage était gâté par l’épais trait de khôl soulignant les yeux de la princesse. Fait plus bizarre, ce khôl était parfois bleu. Pour Elsie, c’était une forme d’automutilation : « Pourquoi se sent-elle obligée de faire ça ? », demandait-elle, réellement intriguée. Ma grand-mère était née en 1908, deux ans après Madeleine Carroll, l’héroïne blonde du film Les 39 Marches, qu’elle avait vaguement connue avant sa célébrité. L’actrice se maquillait seulement au-dessus des yeux, ce que ma grand-mère approuvait. Jusqu’au bout (elle est morte en 2003, à 94 ans), la référence d’Elsie en matière de beauté féminine resta Margaret Lockwood, autre star hitchcockienne (excellente dans Une femme disparaît), dont les paupières supérieures étaient rehaussées de fard noir et de mascara, mais dont les paupières inférieures restaient vierges de tout maquillage. Il y a belle lurette qu’Elsie ne mettait plus son regard en valeur. Néanmoins, lorsqu’elle jugeait les autres, elle s’accrochait aux règles d’antan : paupière supérieure, bien ; paupière inférieure, mal.
Nos idées sur l’allure et l’hygiène personnelle sont si farouchement conservatrices que l’essor planétaire de l’industrie de la beaut (...)
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Notes
Bibliographie
Alain Corbin, Le Miasme et la Jonquille. L’odorat et l’imaginaire social aux XVIIIe et XIXe siècles, Flammarion, 2008. L’intolérance envers les odeurs et l’invention du parfum, racontés par l’un des plus grands historiens des sensibilités.
Sources de l'article
London Review of Books
Ce bimensuel britannique a été créé en 1979. La LRB fut dans ses six premiers mois d’existence un supplément de la prestigieuse New York review of Books. Mais, depuis mai 1980, elle vole de ses propres ailes. Sa diffusion atteint 45 000 exemplaires.




























