Economie

Samedi 21 août 2010

Numéro 15

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Ces investisseurs qui ont joué la crise

Imperméables au panurgisme de leurs collègues, ils sont quelques-uns à avoir très tôt pressenti ce qui allait se passer. Avec un parfait cynisme, ils ont fait fortune en pariant sur l’effondrement des valeurs. Un portrait en creux de la communauté financière.

Le Livre

Le Casse du siècle. The Big Short
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Michael Lewis a été trader chez Salomon Brothers, à Londres, dans les années 1980. Il a décrit son expérience dans son premier livre, Liar’s Poker (« Poker menteur ») en 1989. Depuis, il vit en Californie, où il a écrit divers essais, notamment sur la Silicon Valley et le base-ball.

par Michael Lewis

Sonatine

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La crise financière mondiale de 2008, qui pourrait provoquer au total plusieurs milliers de milliards de dollars de pertes selon les économistes, et qui a déjà coûté des milliards de dollars aux contribuables américains en plans de sauvetage sur fonds publics, n’a pas été déclenchée par la guerre ou la récession mais par une machine financière folle, créée par l’homme, fondée sur des modèles mathématiques erronés que la plupart des cadres de la finance ne comprenaient pas eux-mêmes.


Sans autre souci que le profit immédiat, les grandes compagnies de Wall Street ont transformé les crédits hypothécaires à risque (subprime mortgages) – à risque car accordés à des ménages à faible revenu ou avec un passif d’endettement et d’insolvabilité – en produits financiers toxiques, sur lesquels elles ont fait fortune en les recyclant et en les revendant, le tout avec la complicité des agences de notation chargées précisément de contrôler les risques. La folie de ces opérations sur les produits dérivés de titres hypothécaires, fondées sur le surendettement, s’est poursuivie alors que la sécurité des crédits était de plus en plus manifestement douteuse et l’éclatement de la bulle immobilière américaine de plus en plus probable.

Vénalité et bêtise d’un système


Le danger manifeste que représentait ce fragile édifice élevé sur le socle instable des crédits hy (...)

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Commentaires
Notes
1| L’auteur fait ici référence au Bûcher des vanités, récit de la chute d’un prince de Wall Street dans les années 1980.
Bibliographie
Élie Cohen, Penser la crise. Défaillance du marché, de la théorie, de la régulation, Fayard, 2010. « Il faut que rien ne bouge pour que tout bouge. »

Gunther Capelle-Blancard et al., De la crise des subprimes à la crise mondiale, La Documentation française poche, 2010. Édition remise à jour du rapport du Conseil d’analyse économique de 2009.

André Orléan
, De l’euphorie à la panique : penser la crise financière, Rue d’Ulm, 2009. Pourquoi la concurrence financière pousse au mimétisme.
Sources de l'article

The New York Times

Fondé en 1851, le premier grand quotidien américain diffuse principalement sur la côte Est. Comme celles des autres quotidiens, les ventes sont en baisse régulière, mais continuent d’avoisiner le million d’exemplaires (1,4 million pour l’édition du dimanche). Son site Web est le premier site d’information au monde. Une sélection d’articles du New York Times se retrouve dans le International Herald Tribune.

Vous avez dit short ?

Dans son sens le plus simple, short signifie vente à découvert, et to short, vendre à découvert. Sur le marché boursier, quand un trader a le sentiment que le cours d’une valeur ou d’un groupe de valeurs va beaucoup baisser, alors que la plupart des autres traders pensent le contraire, il peut se faire prêter une certaine quantité de ces valeurs par un courtier et les vendre, alors qu’il ne les possède pas, au prix du marché. Si son intuition était juste et que le marché baisse fortement, il en rachète alors à bas prix et restitue la quantité prêtée au broker (qui prend un intérêt mais se retrouve avec des valeurs qui ont baissé). Le trader empoche la différence entre le prix de vente, diminué de l’intérêt versé au courtier, et le prix d’achat. Le vocabulaire financier français a emprunté le mot : on dit « shorter » pour vendre à découvert dans ces conditions. On dit aussi qu’un investisseur est « short » sur une valeur quand celle-ci est baissière.

Par extension, en anglais, le mot short est devenu synonyme de spéculation à la baisse, quelle que soit la technique utilisée. The Economist titrait par exemple récemment : « Shorting China », ce qui veut dire : gérer ses investissements en Chine en pariant sur une baisse de la croissance et de la santé financière du pays.

Du temps où Lewis y croyait

Davos, début 2007. Michael Lewis, qui n’avait pas encore écrit The Big Short, est au Forum économique mondial, la grand-messe annuelle de la jet-set de la finance internationale. Dans un article pour Bloomberg News, il chante les vertus du marché des produits dérivés et ridiculise les craintes de certains participants : « Aucun d’eux ne semble comprendre que, quand on crée un produit dérivé, on n’ajoute pas à la somme totale des risques du monde financier. On crée seulement un moyen de redistribuer ce risque. Ils n’ont aucune preuve que le risque financier soit redistribué en un sens qui pourrait nous inquiéter. […] Le plus frappant, dans la croissance du marché des produits dérivés, est la stabilité qui l’accompagne. » La colère de s’être trompé à ce point est pour beaucoup dans la verve et l’efficacité de son livre, écrit le consultant économique Jeff Madrick dans la New York Review of Books.

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L'auteur de l'article

Michiko Kakutani

michiko-kakutani-1-sized.jpg Née en 1955, Michiko Kakutani est l’une des critiques de livres les plus célèbres et influentes des Etats-Unis. L’une des plus redoutées aussi : ses verdicts cinglants contre certains auteurs reconnus lui ont valu d’être sévèrement attaquée, notamment par Susan Sontag et John Updike. Cette lauréate du prix Pulitzer de la critique (en 1998) travaille pour The New York Times depuis 1983.

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