Dette : la faute des économistes
L’infernale crise des finances publiques va plonger l’Europe dans la récession. Mais pourquoi n’a-t-elle pas été anticipée ? Pourquoi ne sait-on pas la gérer ? Le point de vue d’un anthropologue.
Le Livre
Dette. Les 5?000 premières années
David Graeber est socio-anthropologue. Il enseigne à l’université de Londres. Anarchiste déclaré, il a notamment publié Pour une anthropologie anarchiste (Instinct de liberté, 2006) et une « Ethnographie de l’action directe » (2009, non traduit).
par David Graeber
Melville House
La crise de l’euro est une crise de la dette. Celle des pays avancés a atteint des niveaux inconnus depuis la Seconde Guerre mondiale. Après la quasi-faillite de l’Irlande, de la Grèce et du Portugal, la France est menacée de rejoindre l’Italie et l’Espagne sur la liste des pays considérés comme fragiles par les agences de notation. Une récession prolongée du monde développé est désormais certaine, estime le financier George Soros dans un article récent : la question est désormais de savoir si l’on saura éviter une véritable catastrophe. Pour Soros, « la crise de l’euro est la conséquence directe du krach de 2008 ». Ce dernier est né de l’effondrement d’un échafaudage d’obligations sophistiquées édifié par des banques américaines à partir de prêts hypothécaires consentis à des propriétaires insolvables. Déjà lourdement endettés en raison de leur propension congénitale à dépenser plus qu’ils ne gagnent, les États riches ont pris le relais des banques défaillantes, endossant leur passif. Comme en 2008, constate Soros, on assiste à la soudaine dépréciation de valeurs que l’on jugeait sûres : hier les obligations fabriquées p (...)
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Notes
1. The New York Review of Books, 13 octobre 2011.
2. « Crise : l’effet Panurge. Les ressorts psychologiques du désastre », Books, n° 1, décembre 2008-janvier 2009.



























