La faillite des économistes
Même les prix Nobel n’ont pas anticipé la gravité de la crise. Les meilleurs esprits manquent d’un regard critique élémentaire envers la science qu’ils professent.
Le Livre
L’Amérique que nous voulons
par Paul Krugman
Flammarion
La crise, ou du moins sa gravité, fut une surprise totale pour les économistes professionnels. Dans les ouvrages qu’ils ont respectivement signés, les éminents lauréats du prix Nobel que sont Paul Krugman et Joseph E. Stiglitz raisonnent, en compagnie de Jeffrey Sachs, comme si le principal défaut du système capitaliste actuel ne résidait pas dans son instabilité, mais dans son mode de redistribution inégal des richesses, tant aux États-Unis que dans le reste du monde. Aujourd’hui encore, il est difficile de savoir à quel point les économistes ont entrepris de remettre en cause les credo qui ont rendu possible l’effondrement de grande ampleur que nous vivons.
Les seuls livres qui annoncent clairement la crise n’ont pas été écrits par des économistes professionnels. Charles Morris, avocat et ancien banquier d’investissement américain, semble avoir anticipé depuis plusieurs années le resserrement actuel du crédit. Écrit avant que le désastre s’étende au monde entier, son livre, Le Grand Krach du crédit, est le meilleur récit que j’aie lu sur sa genèse. Morris décrit comment l’innovation financière a été poussée jusqu’à son point d’autodestruction. Ce faisant, il montre que la faille majeure du système était son extrême complexité, d’un niveau tel que nul, en dehors des investisseurs professionnels, n’était à même de le comprendre. C’est aussi un défaut dont souffre son livre. Quoique excellemment (...)
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Notes
1| Milton Friedman, qui reçut le prix Nobel d’économie en 1976, fut le maître de l’école de Chicago, qui prônait un retour au libéralisme pur et dur.
2| Le marché des junk bonds se développa autour d’obligations émises par des entreprises ou des institutions jugées fragiles par les agences de notation.
3| Remarque ironique, l’excès de « produits dérivés » (hedge funds, etc.) étant précisément la cause de la crise. Books a rendu compte de l’ouvrage de Robert Shiller, Irrational Exuberance, dans son premier numéro (décembre 2008-janvier 2009, p. 19-21).
Sources de l'article
The Times Literary Supplement
Depuis sa création, en 1902, cet hebdomadaire londonien – le seul hebdomadaire littéraire au monde – est devenu une référence incontournable, malgré quelques « ratés » historiques, notamment sur Ulysse, de Joyce. Sa diffusion serait d’environ 35 000 exemplaires.
Autres livres évoqués dans cet article
Alexandra Fuller, Larmes de pierre. Une enfance africaine, Calmann-Lévy, 2002.
Peter Godwin, Mukiwa. A White Boy in Africa (« Mukiwa. Un garçon blanc en Afrique», non disponible en français), Grove Press, 1996.
Doris Lessing, Rire d’Afrique. Voyages au Zimbabwe, Albin Michel, 1995.
Yvonne Vera, Les Vierges de pierre, Fayard, 2003.



























