Economie

Mercredi 27 avril 2011

Numéro 22

Imprimer cet article Envoyer cet article à un ami Partager cet article sur Twitter Partager cet article sur Facebook

Lendemain de fête à Dubaï

L’émirat a porté le luxe et le clinquant à des niveaux inégalés. Mais, sous les dorures, la réalité est glauque : cheikh mégalomane, prostitution, exploitation des immigrés, trafics en tous genres, blanchiment et crise immobilière dont on ne voit pas vraiment le bout.

Le Livre

Dubaï, cage dorée
dubai- gilded cage

Syed Ali est un sociologue américain, spécialiste de Dubaï, qu’il décrit comme « une forme unique de la cité globale : une ville de transit ». Il enseigne à la Long Island University.

par Syed Ali

Yale University Press

Acheter ce livre en ligne

31-rea rea 136459 013-ok

Dubaï chancelle encore sous les effets de la crise financière mondiale lorsque j’atterris dans l’émirat. Sur Cheikh Zayed Road, l’artère principale qui longe le golfe Persique, c’est encore l’heure de pointe de la fin de journée, mais la circulation est quasi inexistante sur cette route que j’avais connue embouteillée jour et nuit. À l’approche du centre-ville s’égrène un long chapelet de gratte-ciel éclairés, tous flambant neufs. Couverts de fioritures architecturales tape-à-l’œil, beaucoup sont inachevés, avec leurs poutrelles à l’air et leurs grues pétrifiées ; presque tous arborent aux fenêtres des écriteaux « À louer ».

Derrière, j’aperçois le Burj Khalifa, cylindre effilé d’aluminium et de verre qui s’élève à 828 mètres au-dessus de la ville. L’immeuble le plus haut du monde ! Emaar, le promoteur public qui l’a construit, l’avait gratifié de ce boniment : « Je suis la puissance qui dresse fièrement la tête du monde vers le ciel, dépassant toutes les limites et toutes les attentes. » Mais cette tour restera à jamais l’emblème des récents revers de Dubaï.

À l’origine, elle devait s’appeler Burj Dubai, mais fut rebaptisée juste avant son inauguration, en janvier 2010, en l’honneur du président des Émirats arabes unis (EAU) et émir d’Abu Dhabi, le cheikh Kh (...)

Pour accéder à cet article, vous pouvez :
- vous inscrire sur le site de Books pour découvrir librement trois contenus du journal : cliquez ici
- souscrire à notre offre d’essai web : pour 6,5€ tous nos articles et toutes nos archives accessibles gratuitement pendant un mois, cliquez ici
- vous abonner à Books : voir l’intégralité de nos offres ici
Déjà abonné ? Identifiez-vous

Commentaires
Notes
1| Dubaï produit 200?000 barils de pétrole par jour, contre 2,5 millions pour Abu Dhabi, et ses réserves seront probablement épuisées vers 2015.
 
2| Une loi est alors promulguée qui permet aux étrangers d’accéder à la propriété des bâtiments (et non de la terre) pour des baux de 99 ans. Pour la première fois, des non-Émiratis peuvent acheter des résidences ou des appartements dans la cité-État.
 
3| Cette escroquerie est fondée sur un investissement dont le rendement en apparence très attrayant provient des dépôts apportés par de nouveaux investisseurs. Tôt ou tard, le mécanisme se bloque, et tous les investisseurs restants se trouvent face à une coquille vide. Imaginé par l’Américain Charles Ponzi en 1920, le système a été rendu célèbre par Bernard Madoff.
 
4| 80?% de la population de Dubaï est étrangère.
 
5| En octobre 2007, après quatre mois de travail de recherche pour son livre sur les cadres expatriés dans l’émirat, Syed Ali a été arrêté et interrogé pendant treize heures par la police. « Votre recherche crée des divisions au sein de notre société et nous ne le permettrons pas », lui a-t-on expliqué avant de le relâcher, sous la pression de l’ambassade américaine.
 
6| City of Gold. Dubai and the Dream of Capitalism (« La cité de l’or. Dubaï et le rêve capitaliste »), St. Martin’s Press, 2009.
 
7| Robert Moses est un célèbre urbaniste américain du XXe siècle (il est mort en 1981) surtout connu pour la rénovation de New York entre 1930 et 1960. Ses choix sont aujourd’hui très critiqués pour la place démesurée faite à l’automobile et l’inattention à la qualité de vie des habitants.
 
8| Christopher M. Davidson, Dubai. The Vulnerability of Success (« Dubaï. Une réussite fragile »), Columbia University Press, 2008.
 
9| Dubaï fut un protectorat britannique entre 1892 et 1971.
 
10| Publié avant le « printemps arabe », cet article semble étrangement prescient. On pense notamment aux manifestants de la place de la Perle, à Bahreïn.
Bibliographie
Roland Marchal (dir.), Dubaï, cité globale, CNRS éditions, 2001. L’ouvrage de référence sur le sujet, par les meilleurs spécialistes.
Sources de l'article

The New York Review of Books

Créé en 1963, ce bimensuel publié à New York est une véritable institution intellectuelle et littéraire. Rédigés par les meilleurs auteurs, ses essais se distinguent par une exceptionnelle qualité d’écriture et de réflexion. Hannah Arendt, Jean-Paul Sartre, Nadine Gordimer, Vaclav Havel, Gore Vidal ont écrit dans ses colonnes, faisant le succès (125 000 exemplaires vendus) et la réputation de la New York Review.

Dernières nouvelles de Dubaï

Malgré les communiqués toujours rassurants, Dubaï n’a pas encore retrouvé sa prospérité d’antan. Pourtant, son économie, essentiellement fondée sur le commerce, a retrouvé la croissance en 2010, et Dubaï World, dont le défaut de paiement a fait un temps craindre une nouvelle crise financière mondiale, vient d’achever la restructuration de sa dette colossale de 25 milliards de dollars. Mais l’immobilier est toujours en plein marasme : non seulement les prix ont chuté de 58 % depuis 2008, mais on craint une nouvelle chute d’au moins 10 % d’ici à 2013.

Le projet d’îles artificielles The World est le meilleur symbole de cette catastrophe : une seule des terres sorties de l’eau est bâtie (un palais pour le dirigeant), et certains promoteurs se sont suicidés ou sont en prison ; pire, l’érosion serait en train d’engloutir les îles. Toutefois, l’actuel tumulte politique du monde arabe pourrait profiter à Dubaï, en réorientant vers l’émirat une partie du commerce de la région.

Tous les livres

L'auteur de l'article

Joshua Hammer

auteurs-joshua-hammer.jpg

Longtemps correspondant de Newsweek aux quatre coins du monde, Joshua Hammer est aujourd’hui journaliste indépendant. Il collabore notamment à Harper’s et à Mother Jones pour des reportages au long cours. Son livre le plus récent porte sur le tremblement de terre de 1923 à Yokohama.

De cet auteur

Blog

Tous les blogs

Le planisphère de Books

Articles, livres et auteurs par pays