Lendemain de fête à Dubaï
L’émirat a porté le luxe et le clinquant à des niveaux inégalés. Mais, sous les dorures, la réalité est glauque : cheikh mégalomane, prostitution, exploitation des immigrés, trafics en tous genres, blanchiment et crise immobilière dont on ne voit pas vraiment le bout.
Le Livre
Dubaï, cage dorée
Syed Ali est un sociologue américain, spécialiste de Dubaï, qu’il décrit comme « une forme unique de la cité globale : une ville de transit ». Il enseigne à la Long Island University.
par Syed Ali
Yale University Press
© Matilde GATTONI/ArabianEye/REA
Un chantier interrompu. Au temps du boom immobilier, Dubaï abritait le cinquième de toutes les grues du monde.
Dubaï chancelle encore sous les effets de la crise financière mondiale lorsque j’atterris dans l’émirat. Sur Cheikh Zayed Road, l’artère principale qui longe le golfe Persique, c’est encore l’heure de pointe de la fin de journée, mais la circulation est quasi inexistante sur cette route que j’avais connue embouteillée jour et nuit. À l’approche du centre-ville s’égrène un long chapelet de gratte-ciel éclairés, tous flambant neufs. Couverts de fioritures architecturales tape-à-l’œil, beaucoup sont inachevés, avec leurs poutrelles à l’air et leurs grues pétrifiées ; presque tous arborent aux fenêtres des écriteaux « À louer ».
Derrière, j’aperçois le Burj Khalifa, cylindre effilé d’aluminium et de verre qui s’élève à 828 mètres au-dessus de la ville. L’immeuble le plus haut du monde ! Emaar, le promoteur public qui l’a construit, l’avait gratifié de ce boniment : « Je suis la puissance qui dresse fièrement la tête du monde vers le ciel, dépassant toutes les limites et toutes les attentes. » Mais cette tour restera à jamais l’emblème des récents revers de Dubaï.
À l’origine, elle devait s’appeler Burj Dubai, mais fut rebaptisée juste avant son inauguration, en janvier 2010, en l’honneur du président des Émirats arabes unis (EAU) et émir d’Abu Dhabi, le cheikh Kh (...)
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Notes
Bibliographie
Sources de l'article
The New York Review of Books
Créé en 1963, ce bimensuel publié à New York est une véritable institution intellectuelle et littéraire. Rédigés par les meilleurs auteurs, ses essais se distinguent par une exceptionnelle qualité d’écriture et de réflexion. Hannah Arendt, Jean-Paul Sartre, Nadine Gordimer, Vaclav Havel, Gore Vidal ont écrit dans ses colonnes, faisant le succès (125 000 exemplaires vendus) et la réputation de la New York Review.
Dernières nouvelles de Dubaï
Malgré les communiqués toujours rassurants, Dubaï n’a pas encore retrouvé sa prospérité d’antan. Pourtant, son économie, essentiellement fondée sur le commerce, a retrouvé la croissance en 2010, et Dubaï World, dont le défaut de paiement a fait un temps craindre une nouvelle crise financière mondiale, vient d’achever la restructuration de sa dette colossale de 25 milliards de dollars. Mais l’immobilier est toujours en plein marasme : non seulement les prix ont chuté de 58 % depuis 2008, mais on craint une nouvelle chute d’au moins 10 % d’ici à 2013.
Le projet d’îles artificielles The World est le meilleur symbole de cette catastrophe : une seule des terres sorties de l’eau est bâtie (un palais pour le dirigeant), et certains promoteurs se sont suicidés ou sont en prison ; pire, l’érosion serait en train d’engloutir les îles. Toutefois, l’actuel tumulte politique du monde arabe pourrait profiter à Dubaï, en réorientant vers l’émirat une partie du commerce de la région.



























