Les experts de la boule de cristal
par Les experts de la boule de cristal
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Les experts de la boule de cristal

Écrit par publié le le 21 avril 2017

Le coiffeur, la boulangère, le voisin de palier, tout comme les experts de la politique et les éditorialistes se relaient pour nous prédire qui sortira vainqueur des urnes et ce qu’il fera du pays. Qui faut-il croire ? Surtout pas les spécialistes, soutient Philip Tetlock. Ce psychologue américain étudie depuis plus de trente ans notre capacité à faire des prédictions. Et il en a tiré une conclusion : la justesse des prévisions d’un expert est inversement proportionnelle à son assurance, sa notoriété et, dans une certaine mesure, à l’étendue de ses connaissances. Dans Expert Political Judgement, paru en 2005, il décrit l’étude qu’il a menée pendant vingt ans avec 284 commentateurs politiques et économiques. Il leur a demandé leur avis sur l’évolution de situations dans et hors leur domaine de compétence et a analysé leurs réponses (82361 prédictions), leur méthode et leur réaction une fois l’événement survenu. Les spécialistes avaient trois réponses possibles et ont trouvé le bon scenario moins d’une fois sur trois, soit « moins qu’un chimpanzé jouant aux fléchettes » selon la formule de Tetlock. Ils ont même été moins fiables que de simples citoyens bien informés.

Un peu de savoir dans le domaine en question est nécessaire, mais en savoir trop est contreproductif, souligne Tetlock. Avec trop d’informations en jeu, la tentation est grande de les faire rentrer dans des chaînes de causalités inattendues pour être celui qui aura découvert ce que personne n’avait vu. Les experts sont comme nous : ils aiment faire les malins, sont amoureux de leurs intuitions et détestent avoir tort. Comme nous, ils donnent plus d’importance aux faits qui valident leur idée première qu’à ceux qui viennent l’infirmer ; comme nous, ils détournent les lois de la probabilité.

Mais au jeu des prévisions, certains restent malgré tout meilleurs que d’autres. Dans Superforecasting, Tetlock décrit la poursuite de son expérience. Il découvre que le point commun de ceux qui devinent le mieux les tendances n’est ni l’intelligence, ni l’expertise, ni la formation, mais une certaine manière de penser. Plus une personne est sceptique, ouverte d’esprit et analytique plus ses prédictions seront nuancées et justes.

A lire aussi: Pourquoi voter ?, Books, avril 2012.

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