Alexandre, le tombeur de Napoléon
L'empereur des Français doit sa chute à plus fort que lui : Alexandre, empereur des Russes.
Dans La Guerre et la Paix, Tolstoï présente les militaires russes dépassés par les événements, laissant l’expertise aux Allemands et sauvés, en fin de compte, par la puissance des éléments naturels. C’est absolument faux, estime l’historien britannique Dominic Lieven.
Alexandre était un formidable stratège et son armée était supérieurement organisée et équipée. La décision de laisser l’armée française prendre Moscou pour qu’elle s’enlise dans l’hiver russe et celle aussi de ne pas en profiter alors pour la massacrer, de laisser ce qui en restait se retirer vers la France, ont été longuement mûries. Après quoi Alexandre vainquit sur le terrain de la diplomatie. Il fut le véritable artisan de l’alliance avec les Allemands, les Autrichiens et les Anglais. Les Russes fournirent le gros des troupes des sanglantes campagnes des années 1813-1814. Or Tolstoï arrête son roman en 1812, ce qui empêche le lecteur de comprendre la suite. On n’a pas assez médité, estime Lieven, l’extraordinaire exploit qu’a représenté la marche de 500 000 soldats russes des frontières de la Pologne jusqu’à Paris, où ils furent accueillis en libérateurs. Les rats, Talleyrand en tête, avaient quitté le navire.
Lieven peut être soupçonné d’une once de partialité, écrit l’historien américain Mark Mazower dans le New York Times, car il (...)
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