Juive et pétainiste
Figure du monde littéraire et artistique de l’entre-deux-guerres, Américaine juive établie en France, Gertrude Stein passa la Seconde Guerre mondiale à Culoz, avec sa compagne Alice Toklas, sans être inquiétée par le régime de Vichy ni par les Allemands. À la Libération, elle fut fêtée par les GIs et la presse américaine comme une héroïne. La réalité est bien différente, explique Barbara Will dans un livre fouillé consacré à ce trouble épisode. Stein « était une vraie fasciste », disait d’elle Picasso, qui fit son portrait.
Le Livre
Figure du monde littéraire et artistique de l’entre-deux-guerres, Américaine juive établie en France, Gertrude Stein passa la Seconde Guerre mondiale à Culoz, avec sa compagne Alice Toklas, sans être inquiétée par le régime de Vichy ni par les Allemands. À la Libération, elle fut fêtée par les GIs et la presse américaine comme une héroïne. La réalité est bien différente, explique Barbara Will dans un livre fouillé consacré à ce trouble épisode. Stein « était une vraie fasciste », disait d’elle Picasso, qui fit son portrait. Elle avait fait l’éloge de Franco et même de Hitler, et devint une propagandiste de Pétain lorsque celui-ci arriva au pouvoir, tant dans la presse américaine que dans celle de Vichy. Mieux, elle traduisit ses discours et tenta de les faire publier aux États-Unis. Y compris quand ils expliquaient la nécessité d’interdire aux Juifs l’accès à un ensemble de professions.
Dans ses Mémoires, elle assure que si elle et Toklas ont pu rester à Culoz, c’est grâce à la protection des habitants. En fait, la protection dont elle bénéficia venait directement de Paris, en l’occurrence de son vieil ami Bernard Faÿ, professeur au Collège de France, nommé directeur de la Bibliothèque nationale par le régime de Vichy. Lui aussi homosexuel, Bernard Faÿ a été condamné après la guerre pour avoir collaboré avec les nazis dans la chasse aux francs-maçons. Il est directement intervenu auprès du sous-préfet de Belley pour assurer la protection des deux femmes. Il ne semble pas que les opinions de Gertrude Stein aient changé après la Libération. Le livre de Barbara Will « nous laisse avec la pensée déprimante que les expériences vécues par Stein pendant la guerre n’ont que très peu modifié son état d’esprit », écrit Justin Beplate dans la Literary Review (1).
1| Sur le personnage de Bernard Faÿ, on peut lire Le Cas Bernard Faÿ. Du Collège de France à l’indignité nationale, d’Antoine Compagnon (Gallimard, 2009), et une intéressante polémique qui a animé les pages du Times Literary Supplement à l’automne 2010.
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