Génération Bataclan
par Elisabeth Barillé

Génération Bataclan

« De l’érotisme, il est possible de dire qu’il est l’approbation de la vie jusque dans la mort », écrivait Bataille. Prémonitoire.

 

Publié dans le magazine Books, mars / avril 2017. Par Elisabeth Barillé
J’ignore le vertige des swipes sur Tinder, l’addictif défilé des visages à chaque mouvement d’index, je ne m’aventure ni sur Happn ni sur Baboo. Et ce n’est ni par pudeur, ni par prudence. Je n’obéis pas ici aux diktats auxquels m’assigne une certaine idée de moi-même. Je n’obéis ni à la femme réelle, ni à la femme idéale, ni même à l’écrivaine soucieuse de sens. Je n’obéis qu’au hasard qui ne m’a pas fait naître dans les années 80 et 90 du siècle précédent. Tinder, l’application pour smartphone la plus téléchargée du moment, est née il y a cinq ans. Ceux qu’elle dope au kif d’être désirable et désiré par des utilisateurs tout aussi désirables et disponibles qu’eux-mêmes, des inconnus tout aussi liés à leur portable chéri, ceux qu’elle enchaîne à l’irrésistible simplicité du bon coup – le hookup –, en bref, les esclaves des rencontres de proximité « sans prise de tête » auraient entre 18 et 35 ans. Je relis ces données. D’autres me reviennent, d’un passé proche. 18-35 : la tranche d’âge des victimes du 13 novembre 2015. Génération Tinder. Génération Bataclan. Ou, comme l’avait prophétisé Gertrude Stein, au seuil d’un xxe siècle qui inaugurait l’ère des destructions massives, une nouvelle Lost Generation, assignée, tout comme Scott, Ernest, Henry et les autres, à l’hédonisme obligatoire. Qu’on me lise bien, je pose une hypothèse, rien d’autre. Tâcher d’y voir un peu plus clair dans ce qui ne l’est pas : j’écris mes livres au cœur de cette tentative. Me revient cette une, au lendemain…

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Commentaires

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  1. Léa Meyer dit :

    De la génération « Beatles », je faisais à l’époque mes études de musique en Californie et me retrouvais malgré moi mêlée aux milieux Hippie là où les Jésus people croisaient leurs doigts sur les campus en signe de paix, saluant d’un « Jesus loves you »… là où c’était quand même très sale un peu partout chez eux, en d’autres restaurants que celui d’Alice.
    Je souhaiterais féliciter Elisabeth Barillé pour son « hypothèse », le courage de le dire et de le dire si bien. Des musiciens de premier plan en France annonçaient déjà dans les années 90 que l’Islam s’attaquerait à la culture choquante de nos pays occidentaux dont la civilisation en voie de dégradation ne sait plus que faire semblant (musicalement parlant) pourvu que l’on devienne star… d’allure trouble si possible, cela vend mieux. Et tous de suivre, les médias, les écoles, voire les églises. Si le Bataclan nous fait pleurer pour sa tragédie, je souligne cependant que Laurent Ruquier, en référence au groupe Eagles Death Metal (13.11.15) parle quand même de musique pornographique dans son émission « On n’est pas couché ».
    Depuis les années 68 donc – en Californie du sud, à 100 km à peine en plein milieu de l’affaire Charles Manson (1969, meurtre de Sharon Tate, épouse de Roman Polanski) – c’est l’évidence même qu’en référence aux musiques violentes il faudrait en décrypter l’utilisation, comme booster, par tous les groupes-types, en saisir les rituels carnassiers, l’émotionnel meurtrier. Tenter d’en parler c’est inévitablement la mise en exile par les milieux ci-dessus mentionnés. Danger partout, omerta totale sur la question !

  2. Léa Meyer dit :

    De la génération « Beatles », je faisais à l’époque mes études de musique en Californie et me retrouvais malgré moi mêlée aux milieux Hippie là où les Jésus people croisaient leurs doigts sur les campus en signe de paix, saluant d’un « Jesus loves you »… là où c’était quand même très sale un peu partout chez eux, en d’autres restaurants que celui d’Alice.
    Je souhaiterais féliciter Elisabeth Barillé pour son « hypothèse », le courage de le dire et de le dire si bien. Des musiciens de premier plan en France annonçaient déjà dans les années 90 que l’Islam s’attaquerait à la culture choquante de nos pays occidentaux dont la civilisation en voie de dégradation ne sait plus que faire semblant (musicalement parlant) pourvu que l’on devienne star… d’allure trouble si possible, cela vend mieux. Et tous de suivre, les médias, les écoles, voire les églises. Si le Bataclan nous fait pleurer pour sa tragédie, je souligne cependant que Laurent Ruquier, en référence au groupe Eagles Death Metal (13.11.15) parle quand même de musique pornographique dans son émission « On n’est pas couché ».
    Depuis les années 68 donc – en Californie du sud, à 100 km à peine en plein milieu de l’affaire Charles Manson (1969, meurtre de Sharon Tate, épouse de Roman Polanski) – c’est l’évidence même qu’en référence aux musiques violentes il faudrait en décrypter l’utilisation, comme booster, par tous les groupes-types, en saisir les rituels carnassiers, l’émotionnel meurtrier. Tenter d’en parler c’est inévitablement la mise en exile par les milieux ci-dessus mentionnés. Danger partout, omerta totale sur la question !

  3. Léa Meyer dit :

    Je souhaiterais féliciter Elisabeth Barillé pour son « hypothèse », le courage de le dire et de le dire si bien. Des musiciens de premier plan en France annonçaient déjà dans les années 90 que l’Islam s’attaquerait à la culture choquante de nos pays occidentaux dont la civilisation en voie de dégradation ne sait plus que faire semblant (musicalement parlant) pourvu que l’on devienne star… d’allure trouble si possible, cela vend mieux. Et tous de suivre, les médias, les écoles, voire les églises. Si le Bataclan nous fait pleurer pour sa tragédie, je souligne cependant que Laurent Ruquier, en référence au groupe Eagles Death Metal (13.11.15) parle quand même de musique pornographique dans son émission « On n’est pas couché ».

  4. Léa Meyer dit :

    Je souhaite féliciter Elisabeth Barillé pour son courage de le dire et de l’écrire.

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