La guerre des Juifs du Kerala
Pendant des siècles les « Juifs blancs » ont snobé les « Juifs noirs », dans le sud-ouest de l’Inde. Aujourd’hui, ils s’éteignent, dans un isolement total.
Le Livre
Les Derniers Juifs du Kerala
Edna Fernandes est une journaliste britannique d’origine indienne. Née à Nairobi, elle a grandi à Londres.
par Edna Fernandes
Portobello Books
C’est l’histoire d’un passager juif sur un navire qui fait naufrage. Ce passager, appelons-le Cohen, parvient à nager jusqu’à une île déserte où il s’installe dans l’attente d’un secours. La vie n’est pas désagréable, la nourriture et l’eau abondent. Quand, des années plus tard, un bateau finit par arriver, le capitaine demande à Cohen ce que sont les deux bâtiments érigés sur l’île.
« Des synagogues, répond-il.
– Mais vous êtes tout seul. Pourquoi avez-vous besoin de deux synagogues ?
– Je prie dans celle de droite, explique Cohen. Et l’autre, c’est celle où je ne mettrais les pieds pour rien au monde. »
Malheureusement pour les derniers Juifs du Kerala, cette blague sur la prédilection juive pour les guéguerres stupides reflète la vraie vie. Deux communautés, connues sous le nom de Juifs blancs et de Juifs noirs, ont vécu durant des siècles à couteaux tirés, chacune se disant la plus authentique. C’est seulement depuis peu, alors qu’elles sont réduites à quelques dizaines d’individus, qu’elles sont obligées de coopérer. Telle est la conclusion sordide d’une histoire étourdissante, racontée par Edna Fernandes avec brio.
Les Juifs du Kerala, sur la côte de Malabar au sud-ouest de l’Inde, font remonter leurs racines aux expéditions commerciales du roi Salomon, il y a trois mille ans. La Bible raconte que, tous les trois ans, ses navires rapportaient « (...)
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Sources de l'article
Literary Review
Ce mensuel a été créé en 1979 à Edimbourg. Il est maintenant installé à Londres. Une mine de critiques intéressantes, parfois acides, tant sur les essais et les ouvrages savants que sur les romans. Sa diffusion est de 44 000 exemplaires.








Adam LeBor est un auteur et journaliste britannique vivant à Budapest. Il est notamment l’auteur de City of Oranges. Arabs and Jews in Jaffa (« La Cité des oranges. Arabes et Juifs de Jaffa »). 



















La blague évoquée au début de l'article, une de mes blagues juives préférées - je la raconte d'ailleurs très bien, mieux que ci-dessus - n'évoque aucunement la « prédilection juive pour les guéguerres stupides ». Elle fait référence au fait que, pour les juifs : - religion est synonyme d'étude ; - qu'on ne peut étudier qu'avec un compagnon, pour être sûr d'avoir un contradicteur ; - par conséquent, il n'existe pas de dogme (et évidemment, tout le monde n'est pas d'accord sur ce point !). La dialectique est le fondement du judaïsme et le héros de la blague ne perd pas son temps en stupidités : en construisant deux choules (le mot « école » en yiddish est synonyme du mot « synagogue »), il essaie, malgré la solitude, de vivre en juif. Une autre fois, nous discuterons de la pertinence d'utiliser une majuscule pour le substantif « juif ». L. Sch.