La marche suspendue des moai
Non, ce ne sont pas les célèbres statues géantes qui ont détruit l’île de Pâques en obligeant ses habitants à abattre les arbres nécessaires à leur transport. Non, la population n’a pas décliné en raison de son imprudence écologique, comme le prétend la vulgate. Les coupables, ici comme ailleurs en Amérique, ce sont les maladies venues d’Europe.
Le Livre
Les statues qui marchaient
Carl Lipo est professeur d’anthropologie à l’université d’État de Californie. Ses travaux actuels portent sur la transmission culturelle, appréhendée d’un point de vue évolutionniste.
par Carl Lipo
Terry Hunt enseigne l’archéologie à l’université de Hawaii et consacre ses recherches à l’histoire des îles du Pacifique.
Free Press
Pour déplacer les moai jusqu’à leurs sites rituels, les îliens les faisaient basculer et pivoter à la verticale, comme on le fait pour transporter des réfrigérateurs. © Richard SOBERKA/Hemis.fr
On a longtemps cru que l’énigme de l’île de Pâques était résolue. Ses habitants polynésiens, nous disait-on, avaient abattu les arbres pour défricher des terres afin d’accueillir une population à la croissance inconsidérée, et de construire des traîneaux en bois pour transporter leurs statues de pierre, les moai, jusqu’à leurs plates-formes cérémonielles. Il n’y eut bientôt plus d’arbres pour fabriquer les pirogues à bord desquelles les habitants auraient pu retourner d’où ils étaient venus. Enfermés dans une prison qu’ils avaient eux-mêmes édifiée, ils furent frappés par une série de calamités : pénuries, guerres et cannibalisme. C’est à cause de leurs déplorables excès qu’ils moururent.
Rétrospectivement, cette version de l’histoire était mûre pour la curée. Comme l’affirment l’archéologue Terry Hunt et l’anthropologue Carl Lipo dans leur livre passionnant, la thèse de l’« écocide » reposait sur une mauvaise interprétation des sources historiques et des données archéologiques. Les deux auteurs consacrent des litres d’encre à réfuter le bestseller (...)
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Notes
1| Gallimard, 2006.
2| Thor Heyerdahl est un anthropologue, archéologue et navigateur norvégien. Il doit sa célébrité à l’expédition du Kon-Tiki, tentative de rallier les îles polynésiennes sur un radeau partant des côtes d’Amérique du Sud, afin d’expliquer le peuplement de l’Océanie.
3| Gallimard, 2000.
Bibliographie
• Catherine et Michel Orliac, L’Île de Pâques. Des dieux regardent les étoiles, Gallimard, coll. « Découvertes », 2004. Une introduction richement illustrée à la civilisation de l’île, par deux archéologues.
• John Flenley et Paul Bahn, Easter Island, Earth Island, Thames & Hudson, 1992. Le principal livre à l’appui de la thèse de l’écocide. Non traduit.
Sources de l'article
The Times Literary Supplement
Depuis sa création, en 1902, cet hebdomadaire londonien – le seul hebdomadaire littéraire au monde – est devenu une référence incontournable, malgré quelques « ratés » historiques, notamment sur Ulysse, de Joyce. Sa diffusion serait d’environ 35 000 exemplaires.



























