Histoire

Dimanche 28 novembre 2010

Numéro 18

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La splendeur perdue des asiles

Les hôpitaux psychiatriques ne sont pas seulement des lieux de souffrance. Ce sont aussi des refuges où les malades trouvent une reconnaissance, un respect, une communauté. Leur fermeture massive, à partir des années 1960, a souvent aggravé la situation des aliénés. Saisissant aujourd’hui leurs bâtiments à l’abandon, le photographe Christopher Payne montre à quel point les asiles américains étaient des lieux de vie, où la détresse le disputait au grandiose.

Le Livre

Asile. Dans le monde fermé des hôpitaux psychiatriques publics
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Christopher Payne est photographe. Diplômé d’architecture, il consacre l’essentiel de son travail aux paysages industriels et aux architectures en voie de disparition. Il vit à New York.

par Christopher Payne

MIT Press

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Dans notre imaginaire, les hôpitaux psychiatriques sont des lieux de cauchemar, synonymes de sordide, de chaos, de détresse et de brutalité. À l’abandon, la plupart affichent désormais porte close. Mais nous continuons de penser avec effroi aux êtres naguère enfermés entre leurs murs. Il est donc tout à fait salutaire d’entendre le témoignage d’une internée, une certaine Anna Agnew, jugée folle en 1878 (époque où ce type de décision était prise par un juge, non par un médecin) et « mise à l’écart » à l’hôpital psychiatrique de l’Indiana. Elle avait fait des tentatives de suicide de plus en plus désespérées et essayé d’empoisonner l’un de ses enfants avec du laudanum.


Lorsque l’institution se referma sur elle, Anna ressentit un profond soulagement. Le soulagement, surtout, de voir sa folie enfin reconnue. « Avant même la fin de ma première semaine à l’asile, écrivit-elle plus tard, j’éprouvais plus de contentement que je n’en avais ressenti jusqu’alors en une année entière. Non que je fusse réconciliée avec la vie, mais mon triste état mental était enfin compris, et j’étais traitée en conséquence. En outre, j’étais entourée de personnes qui connaissaient le même type de malaise et d’égarements, et je m’intéressais de plus en plus à leurs souffrances, avec une compassion croissante. En même temps, j’étais moi aussi traitée comme une aliénée, bienveillance dont (...)

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Notes

1| Internée entre 1878 et 1885, Anna Agnew a raconté son expérience dans un récit publié en 1886 sous le titre From Under the Cloud (« De sous le nuage »). Lucy King l’a exhumé et replacé dans son contexte dans un livre récent et unanimement salué : From Under the Cloud at the Seven Steeples. The Peculiarly Saddened Life of Anna Agnew in the Indiana Hospital for The Insane, Guild Press of Indiana, 2002.

2| Publié en français en 1968 aux Éditions de Minuit sous le titre Asiles. Études sur la condition sociale des malades mentaux.

3| Le Bowery est un quartier pauvre de New York, réputé pour être un coupe-gorge dans les années 1980.

Bibliographie

Philippe Clément, Bienvenue à l’hôpital psychiatrique, Les Empêcheurs de tourner en rond, 2007. Le récit à la fois tendre et critique d’un infirmier psychiatrique.

Gisèle Pineau
, Folie, aller simple. Journée ordinaire d’une infirmière, Philippe Rey, 2010. Le témoignage d’une infirmière qui est également romancière.

Claude Quétel, Images de la folie, Gallimard, 2010. L’un des meilleurs historiens de la psychiatrie s’interroge sur l’abondante iconographie née de la fascination pour la maladie mentale. Avec 247 illustrations.

Sources de l'article

The New York Review of Books

Créé en 1963, ce bimensuel publié à New York est une véritable institution intellectuelle et littéraire. Rédigés par les meilleurs auteurs, ses essais se distinguent par une exceptionnelle qualité d’écriture et de réflexion. Hannah Arendt, Jean-Paul Sartre, Nadine Gordimer, Vaclav Havel, Gore Vidal ont écrit dans ses colonnes, faisant le succès (125 000 exemplaires vendus) et la réputation de la New York Review.

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L'auteur de l'article

Oliver Sacks

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Médecin spécialisé dans les troubles mentaux, Oliver Sacks est, entre autres, l’auteur de L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau (Seuil) et de Musicophilia (Seuil), dont nous avons rendu compte avant sa parution en français (« L’ensorcelant pouvoir de la musique », Books, n° 1, décembre 2008-janvier 2009). Il vient de publier un ouvrage sur sa propre expérience de patient atteint d’un cancer de l’œil dans The Mind’s Eye (« L’œil de l’esprit »). Il est professeur de neurologie et de psychiatrie à l’université Columbia à New York.

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