Le foot avant la mort
Dans le camp de transit de Terezín, que les nazis voulaient « modèle », les prisonniers juifs pouvaient jouer au foot. Et connaître un éphémère retour dans le monde des hommes. Cet épisode peu connu de la guerre est raconté dans un livre magnifique.
Le Livre
Le football sous une étoile jaune
František Steiner est journaliste sportif (spécialiste du football) et écrivain. Il a été déporté au camp de concentration de Byst?ice u Benešova, au sud de Prague, pendant la Seconde Guerre mondiale. Il a ensuite fait carrière au quotidien Lidová demokracie, l’organe du Parti populaire tchécoslovaque, démocrate-chrétien (toléré sous le régime communiste).
Olympia
Prisonniers à l’entrée de Terezín, « camp modèle » dont les nazis voulaient faire un instrument de propagande. © Suddeutsche Zeitung/Rue des Archives
Le football est le sport le plus populaire du monde. Il divertit, passionne et envoûte des dizaines de millions de personnes par sa beauté, son énergie, sa finesse. Mais jouer au football à Terezín (1), dans ce qui servit d’antichambre à des camps d’extermination comme Auschwitz-Birkenau, Lublin, Bergen-Belsen et des centaines d’autres, disséminés aux quatre coins de l’Allemagne nazie et de l’Europe occupée ? Eh bien oui, à Terezín, à 62 kilomètres de Prague, on jouait au football. Les Allemands permettaient aux Juifs de s’amuser avant de mourir, afin qu’ils oublient leurs désirs de révolte et leur sort d’êtres vivants déjà traités comme des cadavres.
Des équipes de sept joueurs s’affrontaient pendant 70 minutes. Les Allemands, eux, misaient sur les formations comme sur des chevaux ou des lévriers. Des internationaux célèbres comme Pavel Mahrer, du DFC Teplitz allemand, ou Ignác Fischer, du club juif du Hakoah de Vienne, ces joueurs incroyablement brillants qui périrent dans les chambres à gaz, montraient alors l’étendue de leur talent, démentant la théorie allemande des surhommes et des sous-hommes. Les Juifs n’étaient ni des chiens ni des saints. Ils voyaient dans le footb (...)
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Notes
1| Ghetto et camp de transit au nord de Prague. Les nazis voulaient en faire un instrument de propagande, présenter un camp modèle, doté d’une riche vie culturelle. Ils parvinrent même à mystifier la Croix-Rouge, venue en visite en 1944 (épisode relaté dans le documentaire de Claude Lanzmann Un vivant qui passe). Environ 144?000 personnes y furent déportées et 33?000 moururent sur place.
2| Considéré par certains comme le reporter le plus important de l’histoire du journalisme. Journaliste et écrivain praguois de langue allemande, il est notamment connu pour son engagement antinazi.
Bibliographie
• Josef Bor, Le Requiem de Terezín, Les Éditions du Sonneur, 2008. Histoire vraie de Raphaël Schächter, pianiste et chef d’orchestre tchécoslovaque déporté à Terezín, qui parvint à y faire jouer le Requiem de Verdi.
• Cara de Silva (dir.), In Memory’s Kitchen. A Legacy from the Women of Terezín, Rowman & Littlefield, 2006. Le recueil des recettes écrites par les femmes de Terezín. Victimes de la malnutrition, elles témoignaient ainsi de leur héritage culturel et de leur désir de vivre.



























