Histoire

Samedi 14 août 2010

Numéro 15

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Le mythe de l’unité espagnole

L’insurrection madrilène du 2 mai 1808 contre les troupes de Napoléon est l’un des événements les plus fameux de l’histoire espagnole. Sa commémoration en grande pompe par Madrid en 2008 est pourtant loin d’avoir fait l’unanimité, notamment en Catalogne et au Pays basque. Le grand roman national se serait-il perdu ? Ou n’a-t-il jamais existé ?

Le Livre

La guerre maudite de Napoléon. Résistance populaire dans la guerre d’Espagne
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Le Britannique Ronald Fraser est l’un des meilleurs spécialistes de l’histoire orale de l’Espagne du XXe siècle et du franquisme. Il est l’auteur, en anglais, de Blood of Spain (« Le sang de l’Espagne Â») et de Tajos. The Story of a Village on the Costa del Sol (« Tajos. Histoire d’un village de la Costa del Sol Â»).

par Ronald Fraser

Verso

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Qui contrôle le présent contrôle le passé et qui contrôle le passé contrôle le futur. Telle fut la réflexion que George Orwell rapporta dans sa besace en Angleterre, après avoir fait l’expérience, dans la Barcelone révolutionnaire de 1937, des manipulations du Parti communiste espagnol et de ses superviseurs soviétiques (1). La phrase sonne bien, mais la stratégie politique qu’elle décrit ne date pas du XXe siècle. Elle a été mise en pratique tout au long de l’histoire par d’innombrables dirigeants, de Jules César à Napoléon Bonaparte. Cependant, il se pourrait bien que ce soit en Espagne, ce vieux pays si complexe, qui ne cesse de s’interroger sur son identité et son unité, que le révisionnisme historique ait planté ses racines les plus fructueuses. L’Espagne manque de ce que l’on pourrait appeler une autobiographie réfléchie, et ce n’est peut-être pas un hasard si Orwell a trouvé sa maxime dans ce pays.

Ces derniers temps, avec la commémoration en 2008 du bicentenaire de l’insurrection madrilène contre les troupes de Napoléon – immortalisée par Goya dans son célèbre Dos de mayo â€“, l’utilisation politique de l’histoire a semblé faire son retour à Madrid.

La féroce bataille qui se livra ce 2 mai 1808 sur la place de la Puerta del Sol, au centre de la capitale espagnole, fut le coup d’envoi du soulèvement patriotique contre les Français et de la guerre d’Indà (...)

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Commentaires
Notes
1| George Orwell a combattu un an en Catalogne contre les troupes franquistes, dans les rangs du Parti ouvrier d’unification marxiste (Poum), une organisation dénigrée par le Parti communiste espagnol, d’obédience stalinienne.

2| En 1808, sous prétexte de vouloir attaquer le Portugal, vieil allié des Britanniques, Napoléon tente de mettre, au passage, la main sur la couronne d’Espagne.

3| Victime d’un coup d’État dirigé par son fils Ferdinand VII en mars 1808, le roi Charles IV en appela à l’arbitrage de Napoléon, qui convoqua les deux souverains à la conférence de Bayonne et les convainquit tous deux d’abdiquer. À Madrid, les rumeurs affirmèrent que Napoléon retenait la famille royale en otage.

4| Le 3 mai 1808, le soulèvement madrilène (qui avait débuté la veille) fut écrasé dans le sang par Joachim Murat.

5| Le fédéralisme asymétrique donne plus de pouvoir à certaines des communautés. Par exemple, la Catalogne et le Pays basque disposent de leur propre police, et le second gère même ses impôts.
Bibliographie
En espagnol

Rafael Torres
, España contra España (« Espagne contre Espagne Â», non traduit), La Esfera de libros, 2008. Ouvrage polémique d’un journaliste espagnol pour qui, loin de n’avoir été qu’une guerre patriotique, le conflit de 1808-1814 fut en quelque sorte la première guerre civile espagnole.

En français

Arturo Pérez-Reverte, Un jour de colère, Seuil, 2008. Le romancier à succès raconte au présent les événements vécus dans les rues de Madrid le 2 mai 1808.

Jean-Joël Brégeon
, Napoléon et la guerre d’Espagne, 1808-1814, Perrin, 2006. Un ouvrage d’histoire rappelant que, pour les Français, la guerre d’Espagne constitue, avec la campagne de Russie, le revers majeur de Napoléon Ier.

Juan Pablo Fusi, Espagne. Nations, nationalités et nationalismes des Rois Catholiques à la monarchie constitutionnelle, Presses universitaires de Rennes, 2002. Étude universitaire de la construction historique de l’Espagne comme nation.
Sources de l'article

PLR : Primera Revista Latinoamericana de Libros

Lancée en septembre 2007 à New York, cette revue bimestrielle en espagnol, dirigée par Fernando Gubbins, ancien collaborateur du quotidien péruvien Expreso, se veut la référence littéraire et culturelle pour le monde hispanique américain. Sur le modèle de la prestigieuse New York Review of Books, ses principaux articles sont des analyses approfondies, par des universitaires et des écrivains, de la production éditoriale latino-américaine et américaine sur l’Amérique latine.

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L'auteur de l'article

Tom Burns Marañón

auteurs-tom-burns-maranon.jpg Historien de formation, Tom Burns Marañón est un journaliste et essayiste hispano-britannique. Collaborateur régulier du quotidien madrilène El Mundo, il est l’auteur de plusieurs essais sur la politique et la société espagnoles, dont La monarquía necesaria (« La monarchie nécessaire Â»), Planeta, 2007.

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