Histoire

Mardi 15 décembre 2009

Numéro 11

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Un cas d’autogénocide : les Khmers rouges

Paroxysme de folie collective, la tragédie cambodgienne éclaire d’une lumière crue la dynamique fondamentale qui a nourri la grande tradition hitléro-lénino-stalino-maoïste.

Le Livre

Le Procès des Khmers rouges. Trente ans d’enquête sur le génocide du Cambodge
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Journaliste, spécialiste de l’Asie où il a vécu plus de vingt ans, Francis Deron était notamment un grand connaisseur de la Chine et de son histoire. Ancien correspondant du Monde à Pékin, il est mort en juillet 2009, peu après la parution de son ouvrage de référence sur le génocide cambodgien.

par Francis Deron

Gallimard

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Qui ne se souvient des dernières lignes du Procès de Kafka ? Joseph K., citoyen innocent tombé dans un incompréhensible engrenage de poursuites judiciaires interminables, pour des raisons qui ne lui seront jamais révélées, est finalement emmené dans une carrière abandonnée par deux messieurs à l’apparence de fonctionnaires. Là, avec une sorte de raideur bureaucratique imbécile, sans violence, sans colère et sans un mot, ils entreprennent de l’exécuter. Tandis que l’un des deux messieurs retourne par deux fois un couteau dans son cœur, K. a un dernier sentiment conscient : « C’était comme si la honte allait lui survivre. »

Cette dernière phrase a laissé perplexes bien des lecteurs. Mais c’est cette perplexité même qui laissait perplexe Primo Levi, qui explique dans son court essai sur Kafka : « Cette dernière page me coupe le souffle. Moi, qui ai survécu à Auschwitz, je ne l’aurais jamais écrite, ou pas comme cela : par incapacité ou manque d’imagination, certainement, mais aussi par un sentiment de décence face à la mort (que Kafka méconnaissait ou rejetait) ; ou peut-être simplement par manque de courage. La célèbre formule, source de tant de discussions, qui clôt le livre comme une pierre tombale (“C’était comme si la honte allait lui survivre”) ne présente aucune énigme à mes yeux. De quoi Joseph K. devrait-il avoir honte ? Il a honte de maintes choses contradict (...)

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Notes

1| L’essentiel du travail d’investigation a été fait non par Merry Wiesner - Hanks, mais par Roberto Zapperi, dans son livre Der Wilde Mann von Teneriffa. Die wundersame Geschichte des Pedro Gonzales und seiner Kinder (« L’homme sauvage de Tenerife. La merveilleuse histoire de Pedro Gonzales et ses enfants »), C.H.Beck, 2004.

Bibliographie

François Bizot, Le Portail,Gallimard, 2000.

David P. Chandler, S-21 ou le crime impuni des Khmers rouges, Autrement, 2002.

Hour Chea, Quatre ans avec les Khmers rouges, Editions Tchou, 2007.

Collectif, Cambodge contemporain,les Indes savantes, 2008.

Philippe Richer, Le Cambodge de 1945 à nos jours, Presses de Sciences Po, 2009.

Sources de l'article

The Monthly

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L'auteur de l'article

Francis Deron

Journaliste, spécialiste de l’Asie où il a vécu plus de vingt ans, Francis Deron était notamment un grand connaisseur de la Chine et de son histoire. Ancien correspondant du Monde à Pékin, il est mort en juillet 2009, peu après la parution de son ouvrage de référence sur le génocide cambodgien.

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