Histoire

Jeudi 26 mars 2009

Numéro 4

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Un héros national ébranlé

En l’an 9, le chef germain Arminius défaisait les troupes du général romain Varus. Longtemps, les Allemands virent dans cette victoire l’acte de naissance de la nation. Mais le mythe ne tient plus.

« Quintilius Varus, rends-moi mes légions ! », s’écria l’empereur Auguste de sa lointaine Rome quand lui parvint la nouvelle du désastre (1)… En cet an 9 de notre ère, Publius Quintilius Varus, commandant de l’armée du Rhin, avait été attiré dans une embuscade par Arminius, prince chérusque romanisé (2). La bataille – sanglante ! – dura plusieurs jours. Trois légions furent décimées, les unités auxiliaires alliées aux Romains taillées en pièces. Le général défait se planta l’épée dans le ventre. Un coup d’arrêt venait d’être donné aux velléités de l’Empire d’annexer les provinces de la Germanie libre (3)… Des siècles plus tard, l’Allemagne morcelée éleva le noble guerrier Hermann, alias Arminius, au rang de héros national symbole de liberté. Une imposante statue lui fut élevée en l’an 4 de l’Empire allemand [1875] dans la forêt de Teutoburg, près de Detmold [Rhénanie-du-Nord-Westphalie]. Statue qui en appelle à l’unité allemande, [les yeux et le glaive] dirigés vers l’Ouest et l’« ennemi héréditaire » gaulois (4).

Aujourd’hui, les historiens sont unanimes : la bataille de Varus n’a pas opposé aux Romains un peuple germain uni dans un véritable soulèvement national. Face aux légions se dressaient en vérité des tribus germaniques auxiliaires de l’Empire et entrées en rébellion : l’insurrection a été fomentée par un transfuge qui jouissait des droit (...)

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Notes

1| Le fait est relaté par Suétone.

2| Les Chérusques étaient établis entre l’Elbe et la Weser (deux fleuves qui se jettent dans la mer du Nord).

3| Outre Tacite, pas moins de quatre historiens romains ont rendu compte de la bataille de Varus.

4| Le gigantesque mémorial érigé à la gloire d’Hermann-Arminius en 1875 par Guillaume Ier, dans la forêt de Teutoburg, devait incarner l’Allemagne invincible. En 1945, il a servi de cible aux troupes américaines. Aujourd’hui, certains y voient une représentation de l’Allemagne réunifiée.

5| En tant que fils d’un chef de guerre chérusque, Arminius fut capturé enfant et élevé à Rome, où il fut fait cavalier et citoyen romain. De retour en Germanie, il devint l’homme de confiance du gouverneur Varus, tout en fomentant une rébellion.

6| Les troupes romaines semblent avoir emprunté un passage boueux de la forêt de Teutoburg, après un orage.

7| Theodor Mommsen (1817-1903) est une grande figure allemande de l’histoire de l’Antiquité. Il a reçu le prix Nobel de littérature en 1902.

Bibliographie
- Reinhard Wolters, Die Schlacht im Teutoburger Wald (« La bataille de la forêt de Teutoburg »), Beck, 2008.
- Ralf-Peter Märtin, Die Varusschlacht. Rom und die Germanen (« La bataille de Varus. Rome et les Germains ») Fischer, Francfort-sur-le-Main, 2008.
- Dirk Husemann, Der Sturz des römischen Adlers (« La chute de l’aigle romain.  »), Campus, Francfort-sur-le-Main, 2008.

Sources de l'article

Neue Zürcher Zeitung

Fondé au XVIIIe siècle, le quotidien de Zürich, capitale économique de la Suisse, est l’un des plus anciens en langue allemande. Pour beaucoup, il est aussi le meilleur. Austère et sérieux, sa lecture est cependant loin d’être rebutante en raison du soin apporté à l’édition. S’il donne la priorité à l’actualité internationale et aux affaires, ce généraliste se distingue par un Feuilleton (section qui groupe les rubriques « Lettres », « Culture » et « Sciences ») de grande qualité. Même si le NZZ est très lu, sa diffusion de 150 000 exemplaires est à la mesure de son public restreint. Le lecteur se pose donc inévitablement la question : comment fait-il ? Le prix de vente donne assurément une première réponse : 2,60 €. Le site vaut le détour. www.nzz.ch

Un texte de Tacite

Dans les Annales, Tacite met en scène le général romain Germanicus revenant sur les lieux de la bataille de Teutoburg, quelques années plus tard : « Au centre du terrain étaient les os blanchis des hommes qui s’étaient enfuis ou avaient résisté, éparpillés ou empilés en tas. À côté, des fragments d’armes, des membres de chevaux, et des têtes humaines fichées bien en évidence sur des troncs d’arbre. Dans les bosquets adjacents étaient les autels des barbares, sur lesquels ils avaient immolé des tribuns et des centurions de premier rang. […] Des survivants du désastre […] montrèrent le tertre où Arminius avait harangué son armée […] et comment, dans son exultation, il avait insulté les étendards et les aigles. »

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L'auteur de l'article

Stefan Rebenich

Stefan Rebenich occupe à l’université de Berne une chaire qui a une double vocation : histoire ancienne et histoire… de la réception de l’histoire. Ses recherches ont notamment porté sur l’utilisation de la discipline par les différents régimes politiques allemands depuis la Première Guerre mondiale.

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